Légaliser le cannabis : c’est ce que propose le maire de Sevran (Seine-Saint-Denis) dans un ouvrage co-écrit avec un ex-policier, Pour en finir avec les dealers. La légalisation permettrait de restreindre les trafics. Une prise de position qui fait débat.
Les presque 4 millions de Français qui ont fumé du cannabis en 2010* pourraient bien se réjouir de cette proposition.
Stéphane Gatignon, maire de Sevran, et Serge Supersac, policier retraité, prônent une légalisation du cannabis, avant tout afin de diminuer le trafic. « Ce n’est plus possible ! Des millions de gens sont sous la coupe de trafiquants. », affirme Stéphane Gatignon (voir interview). Il estime que la vente de cannabis dans certains quartiers passera bientôt sous la coupe du crime organisé. Mais pour Etienne Apaire, président de la Mission interministérielle de la lutte contre la drogue et la toxicomanie (Mildt), la légalisation ne résoudra pas le problème du trafic : « Les trafiquants vendent de tout ! Ils transféreraient vers la cocaïne, l’héroïne, et les drogues de synthèse. ». Selon lui, un assouplissement de la loi entraînerait davantage de fumeurs: « La dépénalisation aboutit à une hausse de la consommation. On peut se demander : qu’est ce qu’un Etat qui souhaite endormir les quartiers ? ». Le débat est lancé, d’autant que l’ex-ministre de l’Intérieur Daniel Vaillant doit publier un rapport sur la légalisation à la mi-mai. Il souhaite que cette question soit débattue entre les candidats à l’élection présidentielle.
Entre l’eau et l’héroïne
Car le cannabis est une réalité pour douze millions de Français, qui en ont déjà consommé*. Plus d’un million sont considérés comme des consommateurs réguliers, et 550.000 fument des joints au quotidien. Les jeunes Français sont les premiers consommateurs de cannabis d’Europe**. Or, la loi du 31 décembre 1970 prévoit jusqu’à un an d’emprisonnement pour l’usage de drogues illicites, sans distinction entre le cannabis et des drogues plus dures, comme l’héroïne. Dans ce contexte « la pénalisation de l’usage est absurde, car inapplicable », estime Marc Valleur, médecin chef du centre médical Marmottan, spécialisé dans l’addictologie.
En dehors de l’aspect législatif, la légalisation du cannabis pose une question de santé publique. Car même si le haschich est relativement répandu, il représente un risque pour la santé, souvent minimisé. « Les gens qui veulent légaliser le cannabis estiment que c’est aussi dangereux que de l’eau du robinet, alors que ceux qui s’y opposent le comparent à l’héroïne », remarque Marc Valleur. Des études démontrent pourtant un lien de cause à effet entre la prise de cannabis et certaines maladies mentales comme la schizophrénie. « Des études ont mis au jour deux fois plus de maladies psychiatriques chez les consommateurs de cannabis que chez les autres », affirme Etienne Apaire. « En terme de nombre de morts, le tabac et l’alcool restent les premiers dangers », estime tout de même Marc Valleur. 60.000 décès par an sont attribués au tabac en France et 30.000 sont dus à l’alcool. En comparaison, le cannabis n’est pas directement responsable de morts. Excepté les morts liés au trafic de stupéfiants, évoqués par Stéphane Gatignon (voir interview).
*Chiffres de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies
** Chiffres issus d’une enquête publiée en 2008 dans le cadre du Projet européen d'enquête en milieu scolaire sur l'alcool et les autres drogues (ESPAD)
11 avril 2011 - Victor Nicolas - LeJDD.fr
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