Le choléra : une maladie de l'environnement
Non loin de chez nous, Haïti subit depuis la mi-octobre une épidémie de choléra qui a tué près de 4 000 personnes. La maladie, fulgurante et virulente, a été importée et s'est répandue dans tout le pays. Elle est pourtant facile à traiter, mais elle fait son lit sur la misère et les mauvaises conditions de vie des habitants.
Le choléra avait été éradiqué d'Haïti depuis plus d'un siècle. Il a fait un retour fulgurant en octobre dans des conditions difficiles qui l'ont favorisé : dix mois après le tremblement de terre qui avait fait plus de 250 000 morts et précipité des millions d'haïtiens dans des camps de fortune dépourvus d'eau potable et d'assainissement. Le cyclone Tomas, qui a provoqué des inondations en novembre, a encore facilité sa propagation.
Les conséquences sont lourdes : près de 4 000 personnes sont mortes, 150 000 cas de maladie ont été recensés, et l'épidémie a provoqué de nombreux troubles. Au moins 45 personnes ont été lynchées par la population. Il s’agissait pour la plupart des prêtres vaudou accusés à tort de véhiculer le bacille dans des poudres mystérieuses. Les casques bleus népalais, soupçonnés d'avoir importé la maladie par leurs selles déversées dans le fleuve Artibonite, ont été attaqués, et la maladie pourrait aggraver encore la situation alimentaire du pays, déjà déplorable. L'ONU s'est inquiétée fin décembre des réticences des agriculteurs haïtiens à récolter le riz de peur de contracter la maladie par l'eau qui irrigue les rizières. De même, certains habitants évitent de consommer des produits agricoles locaux, de peur qu'ils soient contaminés.
L'ONU et le gouvernement haïtien ont beau répéter qu'il suffit de se laver les mains, de faire bouillir l'eau avant de l'utiliser, et de faire cuire les aliments, rien n'y fait. L'épidémie a généré une psychose dans un pays déjà traumatisé.
L'accès à l'eau potable, impossible encore pour des millions d'haïtiens, malgré des programmes en cours, complique sérieusement la prévention. De même, l'absence de système d'assainissement favorise la propagation de la maladie par les eaux usées.
Le bacille du choléra, originaire d'Inde, est transmis à l'homme par l'ingestion d'eau et d'aliments contaminés. La période d'incubation est très brève. Les trois quarts des malades ne manifestent aucun symptôme. Pour les autres, ils apparaissent entre deux et cinq jours après la contamination. La maladie est virulente et sévère pour 20% des malades atteints de symptômes. Le choléra provoque des diarrhées et des vomissements aqueux qui génèrent une déshydratation rapide. Si elle n'est pas traitée, la maladie peut entraîner la mort en quelques heures. Les sujets fragiles sont les plus touchés : enfants, personnes âgées, personnes atteintes de dénutrition, du VIH...
Pourtant, la maladie est aussi très facile à soigner. Dans 80% des cas, l'administration de sels de réhydratation par voie orale suffit à guérir les patients. En cas de déshydratation plus sévère, l'Organisation Mondiale de la Santé préconise la perfusion de liquide par voie intraveineuse et l'administration d'antibiotiques. Des vaccins existent également, mais ils sont actifs sur une courte durée. Le meilleur système de prévention reste l'amélioration de l'environnement et de la qualité de vie des habitants. Dans le monde, le choléra ne tue que dans les bidonvilles et les zones de misère. En République Dominicaine, qui a 376 km de frontière commune avec Haïti et de nombreux échanges de population, 152 cas de choléra ont été signalés depuis le début de l'épidémie. Six personnes ont bénéficié d'un traitement médical. Aucune victime n'est à déplorer. En Martinique, en Guadeloupe et aux Etats-Unis non plus...
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