suite - Le sentiment d'insécurité

Les responsables politiques et les membres de la société civile tentent en vain d’enrayer un phénomène social qui touche toutes les couches de la population.

Mais il ne faut pas s’y méprendre : beaucoup de choses s’agrègent autour de la notion de violence et il convient d’être prudent et circonspect dans les analyses pour ne pas réduire la violence à un adjectif qualificatif des faits sociaux.

La violence est à la fois un processus et le résultat de ce processus et en tant que tel on ne peut faire l’économie du sentiment subjectif de la violence : la violence perçue et son corollaire le sentiment d’insécurité.

L’hétérogénéité des comportements violents, la (re)définition juridique et sociale des comportements dits violents, le poids des images et la surinformation influent largement sur la perception de la violence et sur le changement d’appréhension des conduites dites violentes.

Un des effets constatés réside dans la baisse significative du seuil de tolérance aux infractions.

En somme, il n’y aurait pas tant d’augmentation de la violence qu’une intolérance grandissante aux situations d’agression.

Le sentiment d’insécurité trouverait donc des éléments d’explication à travers la baisse de ce seuil de tolérance ?

Fort probable, car en acceptant de moins en moins l’inacceptable nous redéfinissons de nouveaux contours et de nouvelles normes à notre espace de cohésion sociale.

Et donc, de fait, la gêne perçue se transforme rapidement en anxiété et en une perception insécure des situations.

On assiste alors à une sensibilité à la violence de plus en plus variable.

Et comme notre expérience du monde se fait en grande partie à travers les médias, nous sommes enjoints à compenser notre confiance absolue dans l’image par une critique raisonnée de ce qui est volontairement porté à nos consciences.

C’est pourquoi, les politiques en matière d’aménagement et de gestion des espaces de vie doivent intégrer dans leurs orientations la problématique du sentiment d’insécurité, car rappelons que l’organisation de l’espace structure durablement les interactions sociales et la perception de la cohésion (Cf. Fey n°11).

La gestion politique des questions de sécurité doit dépasser la stratégie actuelle des pouvoirs publics qui répondent à la violence par l’entretien d’un climat d’inquiétude, par un usage déchaîné de l’inculpation, par une prévention réduite à la vidéosurveillance.

A toutes ces mesures, il semble opportun de poser la nécessaire réflexion sur la structuration raisonnée d’espaces à vivre qui à eux seuls ne sauraient faire reculer « la violence », certes, mais qui participeraient activement à la restauration d’une perception communautaire rempart contre le sentiment d’insécurité.

Nous vivons chaque jour dans des environnements virtuels définis par nos idées. (Michael Crichton).

Djibril BANE
Psychologue Social Environnementaliste

 


 

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