La prescription du professeur Belpomme - Fey n°11

Belpomme125a_298x224.jpgDominique Belpomme est professeur de médecine, cancérologue réputé, et président de l'association de recherche thérapeutique anti-cancéreuse (ARTAC). Il est l'auteur d'un rapport réalisé en 2007 qui avait déclenché une vaste polémique nationale et le lancement par le gouvernement du plan chlordécone aux Antilles.
Trois ans plus tard, alors qu'une enquête de l'INSERM Guadeloupe, publiée en juin, confirme une partie de ses conclusions préoccupantes, le professeur Belpomme a accordé un entretien à Fey.


Fey :
Comme vous le révéliez en 2007, l'enquête Karuprostate réalisée en Guadeloupe démontre un lien entre le chlordécone et le cancer de la prostate. Pensez-vous que d'autres effets sur la santé des Antillais sont à craindre ?

Dominique Belpomme : D'abord, à propos du cancer de la prostate, nous avons réalisé une autre étude qui sera bientôt publiée dans une revue scientifique américaine. Elle montre qu'avec 177 cas sur 100 000 personnes, la Martinique détient le record du monde de cancers de la prostate, alors que la Guadeloupe est dans la moyenne nationale. Il y a bien sûr d'autres facteurs que le chlordécone, et notamment tous les autres pesticides qui ont été déversés depuis les années 1950.
On soupçonne également -mais ces maladies ne sont pas encore toutes recensées- que ces produits peuvent favoriser des cancers du sein, des diabètes de type 2, l'obésité et une baisse de la fertilité. Pour les cancers du sein, les premiers chiffres dont nous disposons montrent que les Antillaises sont moins susceptibles que les Métropolitaines de développer la maladie, mais la progression du nombre de cas ces dernières années est très importante.
Cela confirme ce que je disais déjà en 2007 : nous ne sommes qu'au début d'un véritable problème de santé publique.

Fey : Que conseillez-vous aux Antillais pour se protéger ?

D. B. : Je pense qu'il faudrait d'abord que le corps médical se rassemble pour mettre en place la prévention, et je me mets à sa disposition. Je pense qu'il faut protéger en priorité les femmes et les enfants, et particulièrement les femmes enceintes.
On sait en effet que le chlordécone s'accumule dans les tissus graisseux et qu'il peut contaminer le foetus par le biais du placenta. Je conseille donc aux jeunes femmes de préparer leur grossesse en consommant quelques mois auparavant des produits qui contiennent un minimum de pesticides.
L'idéal est qu'elles mangent des produits bio mais je sais qu'ils sont chers. Si c'est impossible, mieux vaut trier ses aliments et éviter les légumes racines locaux pour privilégier les légumes à tiges et à feuilles. De même, je pense que par précaution, mieux vaut donner le même régime alimentaire aux enfants jusqu'à trois ans au moins. Ce sont les populations les plus vulnérables. En revanche, pour ceux qui ont 50 ans ou plus, je leur dirais de continuer à manger ce qu'ils veulent...
D'une manière générale, je propose aussi qu'une cartographie des terres non contaminées soit réalisée et que ces terres soient consacrées à une production agricole biologique.

Fey : Vous êtes basé à Paris et pourtant vous vous investissez beaucoup dans ce combat contre les pesticides aux Antilles. Quelle est votre motivation ?

D. B. : Il est vrai que c'est un combat et que je reçois des coups. Mais à chaque fois que c'est difficile, je repense à une phrase que m'avait dit Aimé Césaire quand j'avais tenu à le rencontrer lors d'une visite en Martinique, deux ans avant sa mort. Je lui avais présenté la situation et à l'issue de l'entretien, il m'avait dit « Faites tout pour sauver ce petit rocher qu'est la Martinique ». C'est ce que je m'emploie à faire.

 



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Date de dernière mise à jour : 01/12/2011

 

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