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La déforestation des îles antillaises : origine et conséquences

La déforestation des îles antillaises : origine et conséquences

Deforestation 1A la fin du XVe siècle, de nombreux États européens (Portugal, Espagne, Angleterre, France, etc.) considérés comme des puissances économiques et militaires, constatant les limites de leur développement, entreprirent de coloniser des terres vierges disposant de ressources naturelles abondantes.

En France, sous le règne de Louis XIV, Richelieu et Colbert financèrent de vastes expéditions ayant pour objectif d'inventorier les plantes tropicales. Si celles-ci permirent de découvrir près de 100000 nouvelles plantes à fleurs, en réalité ces entreprises coloniales poursuivaient un seul objectif : produire massivement des épices, du thé, du sucre, de la quinine, du coton et bien plus tard du caoutchouc. Si ce mode de production donna un souffle nouveau aux économies européennes, il sous-tendit une déforestation de grande ampleur et en définitive une perte de fertilité du substratum pédologique. A l'image de nombreuses autres îles, l'île Maurice vit son paysage se transformer radicalement ; si en 1835 cette île était encore couverte aux deux tiers par une forêt primaire, à la fin du XIXe siècle la canne à sucre la recouvrait entièrement et son substratum était fortement érodé.

Le processus de dégradation fut globalement le même aux Antilles ; c'est lors de son second voyage aux Amériques que Christophe Colomb ramena des îles Canaries des rhizomes de canne à sucre qu'il fit planter sur l'île d'Hispaniola.

En quelques décennies, cette plante colonisa les îles de la Barbade, de la Martinique, de la Guadeloupe, de Porto Rico, de la Jamaïque et de Cuba. Si ces régions disposaient de sols d'une grande fertilité, la déforestation imposée par la culture de cette plante entraîna une diminution des teneurs en sels minéraux, une disparition progressive des couches pédologiques humifères et en définitive une baisse de la fertilité.

En Martinique, l'activité sucrière fut si florissante, qu'en 1863 on dénombrait 564 sucreries. Cette production marqua durablement le paysage, puisqu'à la fin du XVIIIe siècle l'île avait été si déboisée que les menuisiers durent importer du bois de l'île voisine de Sainte-Lucie.

Aujourd'hui, la dégradation environnementale des îles tropicales est tellement banale que les médias ne s'en font quasiment plus l'écho. Pourtant dès 1955, dans « Tristes tropiques », Claude Levy Strauss attirait déjà l'attention du grand public sur cette situation.

Souhaitons que ces données historiques fassent réfléchir les plus septiques...

Pascal SAFFACHE
Pour Fey Magazine 8/ nov. 2009


 

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Date de dernière mise à jour : 29/10/2014

 

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