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Un sanctuaire antillais pour les baleines

Un sanctuaire antillais pour les baleines

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Fey : En 2006, la France annonçait devant la commission baleinière internationale la création en 2009 d’un sanctuaire pour les cétacés dans les eaux territoriales des Antilles françaises. En ce début d’année 2010, où en est-on ?

Leslee Sutty : J’ai bon espoir que d’ici la fin de l’année 2010, le gouvernement français décrète la création de ce sanctuaire. Le projet est bien avancé. Le comité de pilotage a déjà beaucoup travaillé. La DIREN Martinique chapeaute le projet et des recherches ont été lancées depuis trois ans. Je crois qu’aujourd’hui la France est allée trop loin pour ne pas mener le sanctuaire à son terme.

baleine-2-leesly-sulty.jpgFey : Pourquoi pensez-vous qu’il est nécessaire ?

L.S. : Les baleines sont des ambassadeurs de l’environnement et en cette année mondiale de la biodiversité, le sanctuaire serait un geste politique fort de la France pour la préservation de la vie. Les baleines et les dauphins sont menacés. Une zone de protection est nécessaire car les baleines, notamment les baleines à bosse, viennent faire leurs petits dans la mer Caraïbe et elles sont encore chassées dans certains territoires. Et puis il y a des perspectives économiques avec l’observation touristique des baleines. Au niveau mondial, c’est un marché qui représente plus de 2 milliards de dollars US, 54 millions de dollars pour la seule région caraïbe. De plus, le marché est en pleine expansion. Il augmente de plus de 12% chaque année, quatre fois plus vite que l’ensemble du tourisme mondial. Nous pensons donc que les baleines rapportent plus vivantes que mortes.

Fey : Qu’est-ce-qui va changer avec ce sanctuaire ?

L. S. : Un règlement sera mis en place dans les eaux territoriales françaises aux Antilles. Il est en cours de rédaction à l’université en Guadeloupe. Tout sera fait pour permettre aux baleines et aux dauphins d’évoluer paisiblement ici tout en développant leur observation scientifique et touristique. Mais il ne s’agit pas de mettre la mer sous cloche. La pêche continuera (sauf celle des cétacés bien sûr). Le transport maritime aussi mais des règles seront édictées pour limiter les nuisances pour les mammifères marins.

Fey : Au niveau international, avez-vous des alliés dans cette entreprise ?

L. S. : Les pressions des Japonais, qui demandent la reprise de la pêche commerciale de la baleine, sont très fortes sur les Etats des petites Antilles. Néanmoins, nous espérons que d’autres nations vont se joindre au sanctuaire qui sera créé dans les eaux françaises. Les Antilles Néerlandaises (St Marteen, Bonaire, Curaçao, St Eustache et Saba) pourraient se joindre au sanctuaire dans les années à venir, tout comme les îles des USA (Porto Rico, Iles Vierges) et celles rattachées au Commonwealth britannique (Ste-Lucie, Dominique, Monserrat…) La République Dominicaine a déjà mis en place un sanctuaire et nous espérons pouvoir collaborer. Les comportements des gouvernants de la Caraïbe changent peu à peu. A la Dominique par exemple, le premier ministre Roosevelt Skerrit a promis de ne plus voter en faveur de la chasse à la baleine. Même à St-Vincent, où la pêche de la baleine se poursuit, de plus en plus d’associations locales militent pour le tourisme bleu durable. Aujourd’hui, je suis très optimiste sur ce projet.

/ Propos recueillis par Laure Martin Hernandez

Photo 1 : Copyright L. Sulty - Photos baleine à bosse et Orcas, du livre Lesley Sulty "Fauna of the Caribbean - the last Survivors" 1993
- Cette espèce est inscrite sur les listes de protection du protocole SPAW, la CITES, CBI
Photo 2 Symposium conservation mammifères marins et "tourisme bleu" ECCEA-PEW - Sortie en mer avec les marins pêcheur du Précheur le vendredi 19 fév. 2010-
Crédit photo Gerson Macaia. Fundacité Aragna & Venezuelan Ministry of Science and Technology.


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Date de dernière mise à jour : 04/10/2014

 

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