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Rencontre avec le dernier DIREN de la Martinique / Fey' Entretien

Rencontre avec le dernier DIREN de la Martinique




Depuis fin 2003, Jean-Louis Vernier occupait les fonctions de Directeur Régional de l’Environnement en Martinique. En 2011, il intègre la DREAL (Direction Régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement) née de la réforme des politiques publiques. Fey l’a rencontré pour faire le point sur la portée de ce changement et les dossiers en chantier en Martinique.

Fey : L’année 2010, année mondiale de la biodiversité, a été très écolo. Pensez-vous que l’année 2011 le sera tout autant ?

Jean-Louis Vernier : Je pense que la nouvelle décennie qui s’ouvre sera celle de nombreuses concrétisations. En tant que forestier de formation, j’ai coutume de dire qu’il faut laisser du temps aux messages pour s’enraciner. Le souci de la préservation de l’environnement progresse. Dans les années 1990, nous attirions les quolibets. On nous menaçait presque d’internement quand on évoquait la rareté des ressources et qu’on expliquait qu’on n’avait qu’une planète dont il fallait prendre soin. Depuis les années 2000, ces idées ont avancé. Désormais, on nous écoute et on nous demande notre avis dans des exemples concrets. Je crois que la prochaine décennie sera celle du changement des comportements. Ils doivent devenir des réflexes et pas des contraintes ou des sacrifices. Des gestes comme éteindre son téléviseur (au lieu de le laisser en veille) ou de garer sa voiture à 500 mètres de la boulangerie (au lieu de le faire juste devant) doivent devenir des réflexes. Il nous reste à les acquérir mais ça progresse...

Fey : En terme de dossiers pour la Martinique, quelles réalisations attendez-vous dans les prochains mois ?

J.-L. V. : La DIREN Martinique a mené plusieurs dossiers importants qui devraient se concrétiser bientôt. Dans le domaine des risques, si le danger cyclonique est bien intégré par la population, il nous reste du travail à faire dans le domaine sismique. Beaucoup de progrès ont été faits depuis 5 ans, mais l’effort doit être maintenu. En termes de mise aux normes parasismiques, des travaux ont été engagés ou sont déjà programmés dans une quarantaine d’écoles primaires. Il faudra une dizaine d’années pour toutes les sécuriser. Les diagnostics ont été réalisés dans les collèges et lycées. Les logements sociaux s’engagent dans cette démarche. De plus, nous avons mené des formations au génie parasismique qui ont concerné une soixantaine d’artisans l’an dernier. 180 autres doivent suivre en 2011. Et puis, nous avons aussi mené l’an dernier des études importantes sur le risque de lave torrentielle au Prêcheur. C’est un risque exceptionnel, mais c’est important pour assurer la protection de la population de la commune. En 2011, nous continuerons à travailler avec nos partenaires, sur les risques d’inondations liés aux rivières. La Rivière-Salée et la Lézarde seront concernées en 2011.

Fey : L’eau est également un dossier important pour la DIREN ?

J.-L. V. : Oui. En ce qui concerne l’eau potable, nous devons d’abord améliorer les réseaux de distribution. Ils ont un rendement insuffisant : entre 45 et 70%, c’est-à-dire qu’entre 55 et 30% de l’eau potable disparaît dans la nature à cause des fuites dans les réseaux. Avant de chercher de nouvelles ressources, il faut d’abord mieux gérer celle qui est disponible. Nous allons y travailler en 2011 avec les syndicats intercommunaux. Et puis, un gros travail nous attend sur l’assainissement des eaux usées. Chez les particuliers, les inventaires montrent que plus de 95% des fosses septiques ne sont pas aux normes. Cela se traduit par une dégradation des milieux et de la qualité des eaux de baignade. Il nous faut donc poursuivre le diagnostic et lancer les travaux, si besoin, en trouvant des aides pour les investissements. Pour l’assainissement collectif, il nous faut améliorer la qualité de certains ouvrages mais aussi augmenter les raccordements. Au total, les stations d’épuration existantes en Martinique fonctionnent à la moitié de leur capacité. Il faut donc développer les branchements au tout-à-l’égout.

Fey : En termes de protection de la nature, après l’année mondiale de la biodiversité, peut-on attendre des progrès en Martinique ?

J.-L. V. : Beaucoup de dossiers ont été lancés en 2010 et certains devraient aboutir en 2011. Je pense d’abord au classement d’un site à Sainte-Anne. La partie qui va de l’anse Caritan à l’anse Trabaud pourrait devenir cette année le 4ème site classé de la Martinique. En 2011, nous allons aussi avancer sur Agoa, le sanctuaire pour les cétacés créé fin 2010 dans les eaux territoriales françaises des Antilles. En novembre, nous recevrons en Martinique le deuxième comité international sur la protection des mammifères marins et ce sera l’occasion d’élaborer le plan de gestion du sanctuaire et peut-être d’officialiser une extension de la zone avec certains de nos voisins de la Caraïbe. C’est un projet important qui était porté par des associations depuis plus de 20 ans. En 2011, j’ai aussi bon espoir qu’une ou deux réserves naturelles marines soient créées. Trois projets sont déjà bien avancés : le Prêcheur, la mangrove de Génipa et les cayes de Sainte-Luce. Cela ne signifie pas une mise sous cloche mais une gestion raisonnée qui permettra de mieux préserver les lieux. Et puis, en termes d’énergies renouvelables, j’espère que des projets photovoltaïques ou éoliens aboutiront. Il faut le faire dans le respect des terres agricoles et de l’environnement, mais il est nécessaire de réduire un peu notre dépendance par rapport au pétrole.

Fey : Au niveau institutionnel 2011 sera aussi une année de gros changement : la DIREN va disparaître au profit d’une autre structure. Qu’en espérez-vous ?

J.-L. V. : Le 1er janvier 2011, la DIREN a fusionné avec la DDE (Direction Départementale de l’Equipement) et la DRIRE (Direction Régionale de l’Industrie, de la Recherche et de l’Environnement) pour créer la DREAL (Direction Régionale de l’Environnement de l’Aménagement et du Logement). Cela répond à la nouvelle organisation au niveau du gouvernement. Je pense que cela permettra d’être plus efficace car nous allons regrouper nos attributions et donc rendre un seul avis là où il en fallait trois auparavant. Les délais de l’instruction seront réduits, et j’espère que cela permettra d’intégrer le souci de la préservation de l’environnement plus tôt dans l’examen des dossiers. Dans le passé, on a pu nous reprocher d’avoir des interventions trop tardives ou excessives. A l’avenir, nous devrions pouvoir proposer des alternatives plus respectueuses de l’environnement, dès l’élaboration des projets de logements, de transports ou d’équipements. Je pense que c’est la direction qu’il faut prendre pour concilier développement et environnement.

Propos recueillis par Laure Martin-Hernandez
janv. 2011


Date de dernière mise à jour : 10/10/2014

 

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