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Penser le risque ou Panser le déni du risque

Penser le risque ou Panser le déni du risque

C'est lorsqu'on est environné de tous les dangers qu'il n'en faut redouter aucun (Sun Tzu).

Notre région caribéenne est particulièrement exposée aux risques naturels qui nous ont amenés à développer une conscience relative du risque.

Vivre sous nos latitudes impose de facto un rapport singulier à la nature et à ses manifestations lorsqu'elle se déchaîne.

Cependant ce rapport fluctue en fonction de l'intensité ou de la fréquence d'exposition.

C'est pourquoi, l'efficacité des mesures de prévention des risques doit prendre en compte la connaissance et les perceptions qu'ont les habitants des menaces auxquelles ils sont exposés.

Rappelons que le risque est une représentation de la possibilité d'un dommage redouté.

Donc nous nous représentons le risque en fonction de sa probabilité d'occurrence, qui dépend beaucoup de notre système de croyance.

L'individu appréhende le risque, il se l'approprie pour en construire une représentation cohérente, porteuse de sens. Il y aurait comme une « domestication » du risque et c'est pourquoi nous sommes capables de le mettre autant à distance, de le nier, de trouver toujours de bonnes raisons, en fait pour continuer à vivre avec… Penser la notion du risque peut donc revenir à panser le déni du risque.

En effet, les populations exposées adoptent souvent cette position de confort psychologique qui consiste à mettre à distance, à ne pas voir, par pur réflexe antalgique.

C'est là qu'il est pertinent d'apposer un pansement, à savoir concevoir les campagnes de prévention à partir de ce que pensent les gens du risque.

Les représentations sociales déterminent pour une grande partie nos comportements individuels et collectifs. Et en matière de gestion préventive des risques naturels par exemple tout l'enjeu est de favoriser l'émergence de comportements et d'attitudes responsables…

L'intérêt de l'investigation systématique du sentiment d'exposition se pose donc avec acuité. Enfin, panser le déni du risque, c'est aussi agir au niveau sociopolitique.

Dans nos sociétés, on assiste à un véritable paradoxe : d'un côté la société occidentale est hypersensible aux comportements à risque, et d'un autre côté on remarque une valorisation de la prise de risque, venant ainsi renforcer positivement les attitudes en faveur du déni…

Le risque, inhérent à l'existence humaine, renvoie à une problématique transversale plus générale.

Comment l'individu perçoit-il et vit-il son environnement ?

Comment agit-il en fonction de ce qu'il perçoit et en fonction des significations qu'il attribue aux stimuli extérieurs ?

Ce sont les réponses à ce type de questionnement qui contribueront à faire émerger des stratégies d'action préventives encore plus efficaces.

Le risque est d'abord culturel parce que la perception que nous avons est culturellement définie (Perretti-Wattel 2003).

Djibril BANE / Psychologue Social Environnementaliste
Pour mag. Fey / avril 2011


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Date de dernière mise à jour : 19/09/2017

 

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