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Le choix du Bio

Le choix du Bio/ ITW

dsc-2299.jpgRencontre avec un agriculteur engagé

Témoignage de Léon TISGRA, responsable de l'exploitation biologique BIOKAIL, et vice-président de l'association La Bio des Antilles depuis 12 ans.

 

 

Fey : Qu'est-ce qui a motivé le choix de vous orienter dans la production biologique ?

Léon TISGRA :Tout simplement par rapport à ce que mes parents m'ont transmis. Ils ont beaucoup travaillé dans les jardins créoles et les plantes médicinales, et leur cheval de bataille à l'époque était déjà le respect de la terre et des techniques de cultures ancestrales. Le Bio était reconnu et permettait de mettre un nom sur cette démarche.

C'était une manière pour moi de valoriser ces traditions et savoir-faire, associés aux formations en Agriculture Biologique (AB) que j'avais suivi à travers le monde (Autriche, Canada, France, ...).

J'avais déjà commencé à travailler la terre en agriculture conventionnelle, et en 1997, j'ai amorcé ma conversion en AB. Un parcours du combattant, sur une période de 4 ans, durant laquelle j'ai observé, expérimenté, osé, cherché à comprendre et à analyser.

Le bio, c'est un vrai engagement.

Fey : Qu'est-ce que sous-entend cette notion d'engagement ?

L.T. : C'est le respect de l'environnement. Je dois respecter un cahier des charges et effectuer des contrôles fréquents. Cela garantit la qualité de mes produits. Le label de l'exploitation est remis en question chaque année, en fonction par exemple de la traçabilité des intrants, de l'équilibre de la comptabilité, de la mise en jachère des terres, et de la complémentarité des espèces plantées. A partir de là, rien n'est acquis, mais tout est possible.

Je peux cultiver tous les types de légumes et de fruits. Il faut être créatif à tous les niveaux. J'ai installé des cultures à la fois en intérieur et en extérieur pour faire face aux aléas climatiques, et développé des ateliers de découverte de l'environnement pour diversifier mon activité. Et surtout, le secret, c'est que j'accompagne mes produits auprès du consommateur.

Je cherche à réaliser des produits uniques en qualité et saveur, ce qui fidélise mes clients. Nos grands-parents faisaient ça bien avant nous, on n'a rien inventé ! Tout cela me permet d'avoir une exploitation rentable.

Fey : Quelles contraintes et avantages y sont associés ?

L.T. : La première contrainte en Martinique pour un agriculteur bio reste celle de la disponibilité des zones agricoles adaptées au bio. Il y a une pression sur les terres importante à cause de l'immobilier. S'y ajoute la contamination des sols, liée à notre histoire avec la chlordécone et les grandes plantations bananières.

Notre île, notre planète sont malades... Tu ne peux pas faire une production bio si la terre n'est pas saine. Tu ne peux pas non plus si nos voisins utilisent toujours des produits chimiques qui risqueraient de toucher nos cultures. La plupart du temps, les agriculteurs biologiques sont installés sur des terrains enclavés qui nécessitent des équipements particuliers et couteux. Ceci pose un deuxième problème, celui du financement d'une exploitation bio. L'accès aux prêts bancaires est difficile, et les subventions sont accordées à condition que le producteur apporte au moins 25% du budget total demandé.

Malgré tout, une fois l'agriculteur installé, il bénéficie d'un avantage réel : la demande en produits biologiques est bien plus forte que ce que l'offre actuelle réussit à satisfaire !

Le consommateur martiniquais adhère fortement au bio. Il est à la recherche de qualité et d'authenticité. Tu accompagnes un choix de production, une démarche, un produit de qualité, c'est ce qu'il faut retenir si tu veux changer les choses.

Valérie MORRA pour Fey 20

 


 

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Date de dernière mise à jour : 10/10/2014

 

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