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La Martinique malade de la voiture

La Martinique malade de la voiture

Embouteillage
Il est des records dont on se passerait bien... Avec 110 000 véhicules chaque jour au niveau de l'échangeur de Dillon, la RN5 entre Fort-de-France et le Lamentin est l'un des axes les plus fréquentés du réseau routier français. Malgré la multiplication des voies, et des travaux incessants et coûteux, la route reste saturée et connaît des embouteillages fréquents. Et si le TCSP pouvait changer tout ça ?

Avec 515 véhicules pour 1 000 habitants, la Martinique compte proportionnellement plus de voitures que la Guadeloupe (503), la Guyane (263) ou l’hexagone (506). Ce suréquipement martiniquais en automobiles s’explique. Si depuis une dizaine d’années plusieurs réseaux de transport en commun se sont développés à l’intérieur des villes, voyager entre deux communes sans voiture reste compliqué. Les horaires des taxis collectifs sont aléatoires, peu fiables, et les différents moyens de transports publics manquent de coordination. De fait, 80% des actifs martiniquais utilisent leur voiture pour aller au travail.

77% vers le centre

Le parc automobile martiniquais est important et il est aussi très concentré. 77% des voyages entre le domicile et le travail ont lieu vers le centre de la Martinique (dont 41% vers Fort-de-France et 30% vers le Lamentin). Les conséquences sont visibles tous les jours autour de la capitale. Les embouteillages nous coûtent cher en terme de pollution, de temps perdu, de manque à gagner, d’énervement, de carburant ou d’usure mécanique…

Quant aux espoirs d’amélioration, ils reposent sur le TCSP, le transport en commun en site propre. Les travaux entamés en 2000 ont démarré lentement. Ils ont d’abord été embourbés dans des conflits de compétences politiques locales, mais depuis, le chantier s’est accéléré et l’objectif de le terminer dans deux ans, en décembre 2015, est confirmé. 

14 km de voies réservées

Sur l’autoroute, les travaux autour des échangeurs ont été menés et sont en cours d’achèvement. Les opérations les plus longues et délicates concernent l’avenue Maurice Bishop et l’entrée dans le centre-ville. Des centaines d’habitants ont été expropriés et des dizaines de maisons ont été détruites.

Dans deux ans et après plus de 300 millions d’euros d’investissement, le parcours des transports publics devrait donc être bouclé : 14 kilomètres de routes réservées aux bus entre Le Lamentin et Bellevue (à Fort-de-France) ; 16 arrêts ; un service assuré entre 5H20 et 22H ; 10 mn d’attente aux heures de pointe ; un potentiel, par heure, de 2500 passagers transportés dans les deux sens ; un temps de parcours « garanti » de 30 minutes maximum sur toute la distance ; une coordination avec les navettes maritimes et les autres moyensde transport en commun. Le trafic dans tout le Sud de Fort-de-France devrait être soulagé.

Parkings relais

Sur le papier l’offre est imbattable ! Elle fonctionnera si les Martiniquais changent leurs habitudes. Nous devrons garer la voiture pour prendre le bus. Des parkings relais sont prévus à chaque extrémité du parcours, ainsi qu’au carrefour Mahault.

Le succès de l’entreprise dépendra également du prix du titre de transport et de la qualité du service… Mais finalement pourquoi pas ? Dans le monde, le développement des transports en commun s’est révélé la seule solution efficace pour réduire l’expansion du trafic automobile.

Comme disait Enrique Peñalosa, l’ancienmaire de la capitale colombienne Bogota, « un pays développé n’est pas un endroit où les pauvres ont une voiture. C’est un endroit où les riches prennent les transports en commun ». CQFD.

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Des chiffres
205 000 véhicules en Martinique
515 véhicules pour 1000 habitants
71% des foyers ont au moins une voiture
80% des actifs utilisent leur voiture pour aller travailler
526 entreprises de transport routier
*source ADUAM 2011

Un budget

L’Observatoire des prix, des marges et des revenus des Antilles a décidé de se pencher sur le budget automobile des Martiniquais et des Guadeloupéens.
« Dans l’hexagone, explique Jean-Luc Maron, le Président de l’Observatoire, les études ont montré que tout compris (achat, entretien, essence, assurances etc) une voiture coûte 700 euros par mois à son propriétaire. L’étude ici reste à faire mais je suis persuadé que le budget dépasse 1000 euros mensuels ».  Rappelons que les revenus des ménages martiniquais restent 30% plus faibles que la moyenne nationale...

De la pollution

D’après Madininair, les transports sont responsables de 27% de nos émissions de gaz carbonique, qui contribuent au réchauffement climatique.
Ils génèrent aussi des polluants dangereux pour la santé. En Martinique, la route est responsable de 16% des émissions de dioxyde d’azote. Une substance qui peut entraîner des problèmes respiratoires. La station de mesure la plus touchée est celle de la Rocade à Fort-de-France. Depuis 2008 les concentrations de NO2 frôlent la valeur limite annuelle maximale autorisée. 

Cancer, AVC, asthme…

De même, le trafic routier génère 20% des particules fines que nous respirons. Elles favorisent le cancer des poumons, l’asthme, la dégénérescence des cellules du cerveau, et des problèmes de cœur... Sur la Rocade la valeur limite maximale annuelle est dépassée chaque année depuis 2010.
Les nombreux embouteillages locaux sont aggravés par un problème bien français : l’importance du parc automobile diesel. En France, les spécialistes estiment que 90% des particules fines sont dus aux véhicules diesel, qui représentent 60% du parc automobile « seulement ». La politique fiscale nationale a privilégié le gazole et la Martinique aussi en subit les conséquences. Ici, en 2011, 57% des véhicules achetés dans l’année, étaient des diesel…

Laure Martin-Hernandez
janv. 2014

 


 

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Date de dernière mise à jour : 22/09/2014

 

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