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Vers la disparition de nos terres agricoles ?

Vers la disparition de nos terres agricoles ?

controle-jardin-pesticides-1.jpgLa Martinique est l'une des plus petites régions françaises et l'une de celles qui compte la plus forte densité de population (plus de 364 habitants/km²).

La maîtrise du foncier est donc l'un des enjeux de son développement spatial. Les habitants ont pris l'habitude d'appuyer sur un bouton pour faire jaillir la lumière, de tourner un robinet pour que l'eau coule et ils ne supportent aucune interruption de ces services publics qu'ils jugent comme indispensables à leur quotidien. Cependant, ils ont perdu de vue l'utilité de cultiver la terre et de produire les éléments de base de l'alimentation traditionnelle : cultures maraîchères (laitue, tomates, concombres, carottes, navets, gombos, choux verts, radis...) et racines (dachines, ignames, choux durs...). Et ils apprécient aussi les fruits venus de l'hexagone (pommes, poires, raisin...) et autres légumes.

Pourtant, lors des mouvements sociaux de 2009, les Martiniquais avaient repris le chemin des marchés et les jardins créoles (cultures vivrières et plantes médicinales) avaient fleuri un peu partout dans l'île. Mais lors de la reprise des activités économiques, la population a recommencé à remplir ses caddies de produits importés....

Dans le même temps, on assiste au mitage du territoire, à une forte anthropisation, et à la perte de surface agricole utile (SAU). De récentes études ont montré qu'entre 1989 et 2011, la SAU a diminué de 32%.

Chaque année, selon le rapport Saurin, la surface cultivée ne cesse de diminuer et c'est plus de 1 000 ha/an qui disparaissent, soit l'équivalent de 2 exploitations par jour. Cette baisse est due d'abord à l'augmentation des terres agricoles non utilisées, laissées en friche.
On enregistre aussi une perte d'espaces agricoles à cause de la pollution au chlordécone (7 000 ha).

De plus, à cause surtout de l'encadrement financier incitatif de ces cultures, l'agriculture est tournée vers des produits d'exportation. La canne à sucre et la banane occupent 42% de la SAU.

Que faut-il faire pour que nos agriculteurs puissent approvisionner les grandes surfaces en produits locaux pour répondre aux besoins des ménages ?

Le législateur a favorisé le recours aux produits issus de l'agriculture locale dans l'alimentation des enfants des établissements scolaires des DOM depuis 2011. Le Schéma d'aménagement régional (SAR) de 1998 avait prévu plus de 40 000 ha protégés. Il n'a pas permis la préservation des espaces agricoles car il n'est pas suffisamment appliqué par les autorités responsables (communes et services de l'Etat).

Une prise de conscience est indispensable. Une mutation de notre façon de nous alimenter devrait favoriser l'augmentation de la production locale. Tout cela passe par la prise en compte dans le PLU (Plan local d'urbanisme) des espaces agricoles protégés et dans le développement des bandes de terres mises à la disposition des agriculteurs.

Une étude, réalisée par la Chambre d'agriculture, avait pour but de proposer à toutes les communes la création de zones agricoles protégées (ZAP) sur leur territoire. Il s'agit de terres dont la préservation présente un intérêt général en raison, soit de la qualité de leur production, soit de leur situation géographique. La loi d'orientation agricole du 10 juillet 1999 a officialisé la procédure de mise en œuvre d'une ZAP. Elle peut être instituée à l'initiative du Préfet ou d'une commune.

La Martinique est sujette à de nombreux risques naturels. En cas de catastrophe naturelle, les habitants seront dépendants de l'approvisionnement extérieur. L'autosuffisance alimentaire n'est pas à l'ordre du jour.

La maîtrise de l'urbanisation est indispensable sur un espace soumis à de multiples risques. Le droit de propriété étant un droit sacré, l'enjeu de l'intérêt national n'a que peu de poids.

A titre d'exemple, quelques entrepreneurs japonais se sont rendus en Martinique à la recherche de plans de café à l'heure où nous avons abandonné cette culture !

Les communes disposent d'une arme redoutable qu'est le PLU. Il est un véritable outil d'expression du projet politique qui doit permettre d'assurer la cohérence des différents projets et politiques publiques. La solution ne viendra pas d'actions extérieures et de nouveaux textes législatifs.

La solution consiste à s'orienter vers une nouvelle façon de vivre ensemble sur l'île Martinique ! en suivant la démarche du colibri. « Un jour, dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés et atterrés observaient, impuissants, le désastre. Seul le petit colibri s'active, allant chercher quelques gouttes d'eau dans son bec pour les jeter sur le feu. Au bout d'un moment, le tatou, agacé par ces agissements dérisoires, lui dit : « Colibri ! Tu n'es pas fou ? Tu crois que c'est avec ces gouttes d'eau que tu vas éteindre le feu.»? » « Je le sais, répond le colibri, mais je fais ma part. »1.

Il est donc temps de nous réapproprier la terre, car comme l'écrivait Frantz Fanon : « la terre est la matrice matérielle de notre patrimoine... et pour le peuple colonisé, la valeur la plus essentielle parce que la plus concrète, c'est d'abord la terre, la terre qui doit assurer le pain et bien sûr la dignité ».2

Arlette PUJAR Docteur en droit public/ Pour Fey 24/ avril 2014
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1 - Pierre RABBI, la part du colibri, l'espèce humaine face à son devenir, Edition L'Aube
2 - Frantz FANON extrait des damnés de la terre.

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Date de dernière mise à jour : 14/12/2014

 

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