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Le Pot de Taire contre le Pot de Faire

Le Pot de Taire contre le Pot de Faire

Fey rub p13Qui porte des chaussures ignore la souffrance de celui qui marche pieds nus... (Proverbe Chinois)

Depuis plusieurs années maintenant on entend parler de salariés qui souffrent sur leur lieu de travail, allant parfois jusqu’au suicide. Cette souffrance au travail dans les organisations est devenue un mal à conjurer coûte que coûte en raison du coût économique qui lui est associé.

Quelques chiffres :
- 790 000 accidents du travail en France en 2013
- 2 personnes par jour meurent dans un accident du travail en France.
Le coût annuel des accidents du travail, des maladies professionnelles et de la maltraitance s’élève à près de 75 milliards d’euros pour l’Etat et les entreprises.

La souffrance au travail représente 4,5% du PIB dans la plupart des pays européens ; La France se situe au 3ème rang mondial en termes de productivité horaire mais au 1er rang en termes de consommation de psychotropes !

Le problème, c’est que le coût de la souffrance au travail n’est jamais posé de cette façon et d’ailleurs les maladies psychiques liées au travail ne figurent pas encore dans les grands tableaux de classification des maladies professionnelles.

A ce coût économique, il faut ajouter le coût psychologique supporté par des organisations qui doivent continuer de fonctionner avec du personnel « abimé » et en lente détérioration.

En fait, c’est le caractère chronique des causes de la souffrance au travail qui fait mal parce que les symptômes s’installent dans le temps subtilement et inexorablement. 
Ça fait souvent longtemps qu’on a mal quand on en parle !

Eczéma, insomnies, perte de concentration, cancers, alertes cardiaques, troubles musculo-squelettiques, ulcères, dépressions, tentatives de suicides, sont les manifestations les plus fréquentes des effets du travail sur la santé.

La liste est encore longue, trop longue justement car ces symptômes ont pour cause le TRAVAIL et son organisation, en rappelant que les employeurs ont désormais une responsabilité (civile et pénale) quant à la sécurité et la santé physique et mentale des salariés (art L.4121-1 du Code du Travail).

Oui, en effet, la santé mentale est devenue, ces dernières années, une réelle préoccupation du législateur de manière à reconnaitre cette souffrance et à protéger les salariés du travail pathogène…

Les derniers salariés d’Orange (ex France Telecom) qui se sont suicidés en 2013 (10 salariés sur l’année) viennent nous rappeler jusqu’où peut mener une souffrance individuelle directement générée par une organisation malade et incapable de réguler le travail.

Le danger est de considérer cette souffrance comme le résultat de la fragilité et de la vulnérabilité des individus.

Faut-il le rappeler, c’est le travail qui doit s’adapter à l’homme (et non l’inverse) si on veut passer d’une gestion des ressources humaines à une gestion humaine des ressources visant l’efficacité et le bien être au travail.

C’est cette difficulté que révèle l’obscurité du travail, car les salariés sont obligés de faire des choix stratégiques invisibles à l’œil nu et surtout en silence, pour atteindre les objectifs fixés.

Se Taire pour continuer à Faire, mais à quel prix !!!

Continuer de travailler quand on n’est pas d’accord avec le processus de production, quand on remet en question la qualité du produit, quand on est contraint d’abuser ou de duper clients ou usagers, pour faire du chiffre, cela représente un coût psychologique insoupçonné et très pathogène : c’est la souffrance éthique, qui apparait quand le salarié se retrouve en profond désaccord avec les valeurs de son travail.

De fait, le travail perd de son sens et se crée alors un conflit psychique né de l’obligation de mettre en  œuvre des directives ayant pour effet une pratique professionnelle aux conséquences nocives pour autrui.

Mais c’est surtout le silence des salariés (le Taire) sur la pratique et ses effets (le Faire) qui valide et cautionne les orientations stratégiques du management…

S’il convient de ne plus se Taire en instituant dans les organisations des espaces de régulation du travail pour débattre des règles éthiques et des valeurs qui régissent l’activité, il faut parallèlement construire de nouvelles manières de Faire qui s’appuient en priorité sur le collectif de travail et la coopération.

C’est en tout cas un moyen volontariste de Faire Taire la voix de la logique économique….

Djibril BANE
Psychologue Social Environnementaliste


 

Commentaires (1)

1. chevallier catherine 03/06/2014

Excellent article, étayé et pertinent, en effet les nouvelles organisations du travail , avec la course au profit, sont pathogènes.

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Date de dernière mise à jour : 21/09/2014

 

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