Le magazine Fey ne bénéficie d'aucune subvention. "An nou fey'ensemb"

Plantes médicinales de la Martinique : La course à la valorisation

Plantes médicinales de la Martinique : La course à la valorisation

Parmi les ressources naturelles de notre île qui attisent le plus de convoitises, les plantes médicinales figurent en bonne place. Les laboratoires pharmaceutiques s’y intéressent de très près, et pour que les acteurs locaux n’en soient pas dépossédés, le Pôle Agroalimentaire Région de la Martinique s’est lancé dans une course à la montre. Katia Rochefort, la Directrice du PARM l’évoque pour Fey Magazine.

Atoumo itwFey : Les plantes médicinales représentent-elles un volet important de l'activité du PARM ?

Katia Rochefort : « Oui. Depuis 2008 le Pôle s'est engagé dans un programme de recherche pour une valorisation locale des plantes. Parmi les plus de 1000 plantes utilisées traditionnellement, nous avons d'abord fait une sélection de 70, puis finalement 24 plantes sur lesquelles nous concentrons maintenant nos efforts. Elles ont été choisies pour leur fort potentiel, à la fois biologique, mais aussi économique, en terme de rentabilité. Nous travaillons au niveau de la connaissance scientifique, mais aussi au niveau technique. Nous recherchons des procédés d'extraction d'ingrédients actifs stabilisés utilisables par l'industrie cosmétique ou pharmaceutique. A très court terme, nous allons ainsi déposer deux brevets d'extraction. »

Fey : Ces recherches sont-elles porteuses ?

K. R. : « Nous-mêmes nous sommes étonnés par les résultats obtenus. Nous avons ainsi déjà identifié 6 plantes locales qui présentent un intérêt indéniable. L'une d'entre elle est un puissant antidiabétique. Une autre est efficace dans le traitement de certains cancers. »

Fey : Vous êtes très discrète sur ces découvertes et vous ne souhaitez pas divulguer les noms de ces plantes. Pourquoi ?

K. R. : « Nous avons choisi la stratégie de la discrétion car ce secteur est très concurrentiel et nous voulons éviter que des groupes privés puissants s'approprient ces plantes et les exploitent sans aucune retombée pour la Martinique. Les groupes pharmaceutiques sont très curieux de nos découvertes. Quatre d'entre eux nous ont quasiment harcelés, avec des propositions financières à la clé, pour que nous leur transmettions nos résultats. La Martinique subit également ce qu'on appelle de la biopiraterie. Des gens viennent ici rechercher des plantes et repartent avec pour les analyser en laboratoire. »

Fey : Comment faites-vous pour lutter contre cela ?

K. R. : « Les 18 salariés du PARM sont soumis à une clause de confidentialité stricte. De même, dans nos rapports, nous n'employons pas les noms des plantes. Nous utilisons des codes, pour éviter les fuites. Nous nous employons aussi à travailler vite pour valider notamment des procédés d'extraction, en déposant des brevets, qui nous garantiront des retombées locales. Et puis, au niveau législatif, les politiques martiniquais sont également intervenus pour demander que des plantes locales reconnues dans la pharmacopée nationale, ne soient pas le monopole des pharmaciens. C'est un vrai enjeu économique. Nous essayons d'accompagner des initiatives locales dans ce secteur et elles sont nombreuses. Actuellement, 10 entreprises martiniquaises valorisent les plantes locales. Dans un an, leur nombre devrait doubler.

Propos recueillis par Laure Martin Hernandez
Photo : L. M-H
Pour Fey n°25/ mai/juin 2014
................................................................................

A  lire aussi :
12 plantes médicinales de Martinique à la Pharmacopée Française


 

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau

Date de dernière mise à jour : 27/07/2015

 

Chaque individu apporte au monde sa contribution unique (Jack Kornfield)

Creaktion Graph.IK