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Les dérives du whale watching en Martinique

Les dérives du whale watching en Martinique

Bateau whale watching

Encore inexistante il y a 15 ans, l’observation des baleines et des cétacés est une activité qui explose depuis deux ans en Martinique. Trop peut-être… Une étude montre que les animaux de la côte Caraïbe sont perturbés par le harcèlement des bateaux de whale watching.

Approcher des dauphins et des baleines dans leur élément naturel est devenu l'une des activités les plus prisées des touristes qui visitent la Martinique aujourd'hui. Les récentes polémiques sur la captivité des cétacés et l'attrait pour un tourisme responsable ont dopé la demande. Les opérateurs touristiques se sont lancés dans le créneau.
Aujourd'hui, 22 entreprises proposent d'approcher les cétacés près des côtes martiniquaises.

Des harcèlements fréquents

Pour mesurer l'impact de cette nouvelle industrie, une étude vient d'être réalisée. Dirigée par Aquasearch, en collaboration avec un bureau d'étude québécois (M-Expertise Marine), l'enquête de terrain été menée par Robinson Bordes, un étudiant de l'Université de la Rochelle. Entre novembre et avril, 175 sorties en mer ont été effectuées entre le Diamant et le Précheur.
Chaque fois, les chercheurs ont évalué le respect des règles d'approche et le comportement des animaux. « Pour les grands cétacés (comme les baleines à bosse ou les cachalots) peu de problèmes ont été constatés. Leur nature imposante tient les petits bateaux à distance. En revanche, les dauphins sont parfois victimes de harcèlement » résume Benjamin de Montgolfier, le Directeur d'Aquasearch.

Une charte ignorée

Pourtant, une règlementation existe. Depuis mars et juin 2013, un arrêté préfectoral puis une charte régionale d'approche et d'observation des cétacés sont censés protéger les mammifères marins des nuisances provoquées par des visiteurs trop insistants. Les opérateurs de whale watching doivent respecter un délai maximal de présence près des animaux (30 min. pour les petits cétacés, 15 min. pour les grands), une trajectoire d'approche latérale et une distance règlementaire de 50 mètres.
Dans les faits, ces dispositions sont rarement respectées et le comportement des mammifères est modifié. « De plus en plus souvent, on remarque que des dauphins sondent, changent de trajectoire, lâchent des bulles ou tapent la queue sur la mer » explique Benjamin de Montgolfier, « c'est le signe qu'ils sont perturbés ».

Des baleines agressives

L'étude a montré que les infractions à la réglementation sont nombreuses. Et la pression est d'autant plus forte pendant la haute saison touristique. La Direction de la mer peut dresser des procès verbaux mais les patrouilles maritimes se voient de loin... « Si nous ne faisons rien, nous risquons de nous trouver dans la situation du Québec il y a une quinzaine d'années. Les baleines à bosse commençaient à montrer des comportements hostiles » s'inquiète Benjamin de Montgolfier. Les dauphins présents près de nos côtes pourraient également choisir d'investir des eaux plus calmes, plus lointaines.
Pour pérenniser leur activité, les opérateurs de whale watching ont donc tout intérêt à réduire les nuisances qu'ils exercent sur les animaux.
La Martinique pourrait alors faire valoir un atout commercial touristique majeur : le sanctuaire pour les mammifères marins décrété dans les eaux des Antilles Françaises depuis 2009.

NB :
l'étude scientifique dirigée par Aquasearch a été menée par un étudiant de l'université de la Rochelle, Robinson Bordes, en collaboration avec un bureau d'étude québécois (M.Expertise marine) et avec le concours de deux entreprises martiniquaises (Dauphin Passion basée et Aliotis-Plongée).

L. M-H. - Crédit Photo : AQSE
Pour Fey/ juillet-août/2014



 

Commentaires (1)

1. Caroline Rinaldi 02/08/2014

Lors du colloque (organisée en 2000 par l'association Evasion Tropicale avec la Diren, le Parc National) ayant abouti au cadrage de l'écotourisme baleinier en Guadeloupe, il avait été clairement énoncé et acquis par les experts locaux et internationaux présents que ce type d'activité mettant en jeu des espèces protégées hautement emblématiques, doit être cadré à son émergence. Ce constat ne reflétait déjà alors que les expériences acquises ailleurs. Ces discussions avaient abouti à l'époque à la signature de la charte de bonne pratique de l'écotourisme baleinier (alors émergeant en Guadeloupe), toujours en vigueur et qui a montré son efficacité. L'association Evasion Tropicale avait donc proposé en 2007 lors de la réunion officielle en préfecture de Martinique annonçant le projet de sanctuaire Agoa, qu'un atelier soit dédié à l'encadrement de l'activité en Martinique, alors à ses prémices. Malgré plusieurs relances, cette proposition n'a pas été retenue par les autorités, n'en jugeant pas l'urgence. Rien de surprenant donc que ce soit maintenant la pagaille, avec des opérateurs et bateaux de toutes sortes que l'on a laissé s'installer... 8 ans plus tard, trop tard, on met en place une charte et un arrêté préfectoral qui ne peuvent plus que composer avec un existant désastreux, et faire la police et des rapports affolés et pas forcément bien documentés...

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Date de dernière mise à jour : 20/09/2014

 

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