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Eau potable en Martinique : ça ne coule pas de source…

Eau potable en Martinique : ça ne coule pas de source…

On pourrait presque en faire une devinette  : «  comment reconnaît-on un foyer martiniquais  ? À la présence de réserves d'eau  dans les placards ! » Car toutes les maisons de l'île recèlent des bouteilles, des bidons et/ou des citernes d'eau pour faire face aux coupures fréquentes. Casse, grève, sécheresse... Mais pourquoi ça marche si mal  ?

Page eau fey 27« Après les grosses pluies du mois de septembre, nous sommes restés deux jours sans eau » raconte Maryse, une habitante du Vert Pré au Lamentin.  « Pendant le carême, avec la sécheresse ce n'est pas mieux... D'autres fois, ce sont des pannes. Les robinets sont régulièrement coupés. C'est très pénible ! ».

Cette année, la grève à la SME a généré beaucoup de problèmes, mais le réseau martiniquais de distribution de l'eau connaît par ailleurs de sérieuses faiblesses. Elles ont été identifiées depuis plus de quinze ans.

3 500 km de canalisations

D'abord, la Martinique a des caractéristiques physiques qui ne facilitent pas le transport de l'eau potable. La ressource est abondante mais elle est concentrée dans le Nord de l'île alors que la population vit au Sud. Pour amener l'eau dans les foyers, 3 500 km de tuyaux se déploient sous nos pieds. Le réseau traverse un relief accidenté et subit les conditions tropicales (inondations, glissements de terrain...) De plus, les pluies sont inégalement réparties dans l'année. Abondantes de juin à décembre, elles sont rares entre janvier et mai, au moment où la consommation augmente avec la haute saison touristique.

Les 2 entreprises privées (SME et SMDS) et la régie communautaire (Odyssi) chargées de l'exploitation et de l'entretien du réseau, ont donc quelques arguments pour expliquer les défaillances du service. Cependant, ils n'expliquent pas tout...

Gaspillage

Au chapitre des problèmes : le gaspillage reste trop important. Dans la capitale (le record), 40% de l'eau envoyée sur le réseau se perd avant d'arriver dans les robinets. Ce n'est pas beaucoup mieux dans le Nord Atlantique, (39% de pertes) ou dans le Nord Caraïbe (38%). Le réseau est vétuste et il a longtemps été laissé à l'abandon. Depuis 2008, Odyssi a réagi en mettant en place des patrouilles et des alertes pour signaler les fuites. En deux ans, les pertes dans la CACEM ont été réduites de 10%. Dans le Sud en revanche, la tendance est à la dégradation...

Autre point faible du réseau : le manque de capacités de stockage. La Martinique dispose de moins de 300 réservoirs sur son territoire alors que 94% de la ressource est puisée dans les rivières. Les conséquences se font sentir pendant les carêmes particulièrement secs. Le réseau n'a pas les moyens de faire face longtemps à un débit minimum. Là aussi, les investissements tardent à se manifester pour construire de nouvelles réserves. Pour régler ce problème, l'Office de l'eau de la Martinique appelle les opérateurs à développer les forages en quête de nappes souterraines. Ça avance très lentement...

Le service de l'eau potable laisse donc encore à désirer dans plusieurs zones de la Martinique. Nous le payons pourtant cher, plus cher que dans l'hexagone : 5,11 euros/m3 en moyenne (assainissement inclus), alors qu'en France, il coûte 3,62 euros...

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A lire aussi :
La pollution des eaux
De la gestion de la ressource en eau

LMH


 

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Date de dernière mise à jour : 22/03/2015

 

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