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L’école à mal à la classe

L’école à mal à la classe

Et si se taire en classe c'était respecter le sommeil des autres ?

Que deviendrait une société sans un système d'éducation performant  ?

Pour 2014, le Budget voté du Ministère de l'Education Nationale s'élevait à 63,4 milliards d'euros, soit 1,19% d'augmentation par rapport au budget 2013.

Ces sommes colossales attribuées à ce ministère attestent de l'engagement fort de l'Etat en matière d'Education... Cependant, tout en occupant une place de choix au hit parade des dotations budgétaires, l'Education Nationale est touchée de plein fouet par des problèmes graves et chroniques.

La formation des enseignants, le décrochage scolaire, la violence au sein des établissements, la souffrance au travail du corps enseignants (stress, dépression, burn out, suicides), sont des problématiques actuelles sur lesquelles l'Education Nationale est en responsabilité.

Dans cette lave de problèmes en fusion, arrêtons-nous un instant sur l'unité élémentaire qui fonde la relation pédagogique à l'école  : La Classe.

Mais de quoi parle-t-on exactement ?

Couleurs fey- D'un lieu ? La salle de classe où se déroulent les enseignements...
- D'une période située dans le temps ? La rentrée des classes...
- D'un niveau ? Classe élémentaire,/Redoubler la classe/Passer en classe supérieure...
- D'une mission ? Faire la classe, c'est-à-dire enseigner...
- D'une compétence ? Cet enseignant tient (ou ne tient pas) bien sa classe
- D'un jugement de valeur ? C'est une bonne/mauvaise classe...

Le terme «  Classe  » est donc polysémique (recouvre plusieurs sens) et renvoie à des réalités et à des logiques différentes.

Pour la Psychologie Sociale, la classe est un espace de vie, un lieu d'interactions dynamiques, donc elle est perçue comme un Groupe et non juste comme un ensemble d'élèves réunis dans une communauté de destin visant une seule cible, le savoir.

Mais alors qu'est ce qu'un Groupe  ?

Pour la Psychologie, un Groupe est tout sauf un agrégat d'individus (une file d'attente n'est donc pas un groupe au sens psychologique). D'ailleurs, pour Lewin (1940), le groupe a une existence en soi et il doit être considéré comme une entité dont les membres sont des composantes interdépendantes les unes aux autres.

Donc la Classe est et fonctionne comme un Groupe, puisqu'elle en contient toutes les propriétés (perception d'un sort commun, ressemblance entre les membres et proximité physique/spatiale).

Et non seulement, la Classe est un Groupe, mais surtout elle appartient à un certain type de groupe nommé Groupe Primaire. Les Groupes Primaires sont des groupes de faible taille et apportent soutien et équilibre à l'individu. Ils sont composés de personnes ayant des contacts réguliers, personnels et intimes (ex  : amis, voisins, familles, équipes sportives...). Par opposition, les Groupes Secondaires sont plus importants en nombre que les Groupes Primaires (Entreprise, hôpital, mouvement politique, syndical...) et les relations sont plus formelles et impersonnelles, moins affectives.

Donc, si la Classe est un Groupe, par nature, et plus spécifiquement un Groupe Primaire, alors nous sommes face à une difficulté majeure...

Cela signifie qu'il est intellectuellement malhonnête d'imputer, aux seuls élèves, la responsabilité de leur échec (comme de la réussite), ou d'attribuer cette responsabilité, aux seuls enseignants...

Il est donc injuste de ne pas invoquer l'impact du Groupe Classe dans l'acquisition des apprentissages, voire d'en minimiser son effet  ! L'élève est impliqué en tant qu'apprenant, dans une totalité dynamique qui est la Classe et qui en soi participe activement aux apprentissages.

Associer l'échec d'un élève ou sa réussite, uniquement à ses compétences intrinsèques (intellectuelles, cognitives, sociales), c'est ne pas tenir compte de cette formidable matrice sociale qui conditionne, de par ses interactions internes, la qualité des acquisitions.

D'ailleurs, la relation intime que le système scolaire entretient à la note évaluative illustre parfaitement la difficulté de passer de l'élève au Groupe classe et inversement.

La note appartient à l'élève, mais quelle est et où est la mesure du Groupe  ?

Tout l'enjeu est donc de faire coexister efficacement, et au même niveau, les résultats des élèves, les compétences des enseignants et la dynamique du Groupe Classe, si on veut opérer de réels changements par rapport aux apprentissages et cesser d'imputer, à tort, des responsabilités univoques qui masquent en fait les problèmes de fond...Et pourtant des méthodologies existent et n'attendent que le courage et l'audace des Réformateurs...

Les compétences des individus sont très souvent difficilement observables  ; on ne peut les appréhender qu'à partir de certaines performances. Or les performances sont étroitement liées au contexte de leur production. D'où la nécessité de concevoir la Classe comme un logiciel d'apprentissage, déterminant la manière de faire la classe.

Ainsi on pourrait mieux appréhender les difficultés de certains apprenants et accroître l'efficacité des dispositifs supposés leur venir en aide...

Ces considérations ne doivent pas empêcher de souhaiter une Bonne Année scolaire aux élèves, aux étudiants, aux stagiaires de la Formation Professionnelle, au corps enseignant, aux familles d'élèves (dont les parents), aux pouvoirs publics et bien sur...... aux Classes !!!!!

Djibril BANE Psychologue Social Environnementaliste


 

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Date de dernière mise à jour : 14/10/2014

 

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