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Les plantes médicinales locales : une aubaine économique ?

Les plantes médicinales locales : une aubaine économique ?

Feuille banane plantesLes plantes médicinales et aromatiques locales ont le vent en poupe. Les rimed raziè des Antilles attisent la curiosité des grands groupes cosmétiques et pharmaceutiques mondiaux, et sont considérés comme une filière porteuse. Aubaine économique ? Opportunité spéculative ? Valorisation et développement ? C’est l’heure des choix !

Atoumo, chardon béni, zeb charpentier, citronnelle… Les Antilles comptent une exceptionnelle biodiversité, plus de 3800 plantes, dont les substances actives sont encore largement méconnues. Longtemps interdites, puis méprisées, les plantes médicinales locales n’intéressent les scientifiques que depuis une trentaine d’années. Le réseau TRAMIL a ouvert la voie lors de sa création en 1983, à Port-au-Prince. Il rassemble aujourd’hui 200 chercheurs de la Caraïbe et d’Amérique centrale. Depuis, l’Université des Antilles a lancé un département de recherches spécifique, tout comme le Pôle Agroalimentaire de la Martinique, en 2008.

« Il y a de la place pour tout le monde »

La connaissance scientifique des propriétés de nos plantes a donc progressé et au niveau local, les habitants de la Martinique et de la Guadeloupe, sont mieux disposés à les consommer.

Tout serait donc propice à l’émergence d’une nouvelle filière économique de haute valeur ajoutée. Des investisseurs étrangers manifestent leur intérêt et les responsables politiques partagent l’engouement. Ils ont placé la valorisation des plantes médicinales locales parmi les axes de développement.

« Il y a de la place pour tout le monde » commente le docteur Henri Joseph, gérant de la société guadeloupéenne Phytobôkaz. L’entreprise, basée à Gourbeyre, est leader sur le marché antillais et fabrique notamment le « Virapic ». Elle fête ses 10 ans d’existence. Elle avait été créée en 2005, par Henri Joseph, docteur en pharmaconosie (l’étude des organismes qui peuvent avoir des effets médicamenteux) et son ancien professeur de chimie à l’université. Depuis, Phytobôkaz représente 10 emplois directs, et travaille avec 7 prestataires de services. « La moitié sont des cadres, pharmaciens, ingénieurs, doctorants… ils sont très pointus et leur moyenne d’âge est de 35 ans » se félicite Henri Joseph. Le laboratoire propose 6 préparations, vendues aux Antilles, en Guyane, à la Réunion et à Paris. Il a également mis au point une gamme de colorants naturels, d’huiles et de protéines végétales.

Un marché porteur

Précurseur sur ce marché, Henri Joseph confirme qu’il est porteur : « sur 3800 plantes en Guadeloupe, il en reste 3795 qui ne sont pas valorisées. Ce sont autant d’usines potentielles ». Pour l’instant en Martinique, une dizaine d’entreprises, plus modestes, travaillent dans ce secteur, et plusieurs projets sont en cours.

Les agriculteurs, eux-aussi, sont des les starting-blocks. « Je connais au moins une cinquantaine d’exploitants qui sont intéressés par cette production » estime Luc Néma de la Chambre d’agriculture de la Martinique. « Nous lançons en ce moment des parcelles d’expérimentation pour évaluer la production », poursuit-il. « Ce qu’il manque, c’est une organisation, et notamment une plateforme pour recevoir les herbes. C’est ce qui permettrait d’obtenir des quantités suffisantes pour trouver des marchés, y compris peut-être à l’exportation ».

Développer autrement

Henri Joseph lui, fait valoir une autre stratégie de développement. « Notre credo », explique t-il, « c’est small is beautiful ! Notre objectif n’est pas de conquérir le monde mais de nous développer prudemment chez nous, dans l’outre-mer, de pérenniser l’entreprise et d’offrir des emplois d’avenir à nos enfants en Guadeloupe. Il ne faut pas retomber dans la logique de la monoculture. Nous préférons maîtriser tout le processus, conserver des petites structures et maintenir la biodiversité, car elle sera la richesse de demain ».

Les plantes médicinales locales ne remplaceront pas la canne ou la banane dans l’agriculture antillaise, mais elles pourraient être une chance de développer une activité autrement. Leur production peut être l’occasion de déployer une agriculture « propre » et leur transformation pourrait créer des emplois hautement qualifiés, qui font défaut dans nos territoires. La Martinique et la Guadeloupe s’engageraient ainsi dans une valorisation durable de leurs ressources naturelles. Plus qu’une aubaine économique, si elle est menée à bien, l’exploitation des plantes médicinales peut devenir l’un des supports d’un meilleur développement.

L. M-H

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Date de dernière mise à jour : 06/10/2015

 

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