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La psychologie de Justin le bulletin

La psychologie de Justin le bulletin
Le passé est un prologue (William Shakespeare)

L’Environnement ne se définit pas uniquement par ses caractéristiques physiques, il est tout à la fois une matrice sociale à nos comportements.

C’est aussi cette dimension sociale de notre Environnement qu’il faut considérer à chaque fois que nous opérons des choix d’orientations stratégiques sur nos territoires.

Personnage de baLe modèle démocratique actuel permet à chaque citoyen de participer, par son vote, aux élections de représentants du peuple aux fonctions supérieures d’administration des territoires.

C’est dire le pouvoir qu’est le mien, moi, Justin le Bulletin.

Je fais l’objet de toutes les attentions car je fais et je défais, je mets en place et je fais perdre la place…

Mais qui suis-je véritablement ? Comment je m’exprime, sous mes habits de neutralité bienveillante et d’anonymat ?

Moi, Justin le Bulletin, je suis aujourd’hui un vieillard de français âgé de 168 ans, le 5 mars 1848 étant la date qui a vu naître le suffrage universel masculin en France.

Cependant, j’ai quelques ancêtres nés vers 1791 au moment où la France était gouvernée par une monarchie constitutionnelle… Passons !

J’ai grandi et me suis renforcé grâce à vous citoyens qui n’avez eu de cesse toutes ces années de revendiquer que je sois de plus en plus représentatif.

C’est ainsi que je me suis affirmé :

  • En avril 1944, par le droit de vote des Femmes de plus de 21 ans

  • En 1945, par le Droit de vote des militaires

  • De 1946 à 1956, par l’égalité de suffrage en outre-mer

  • En 1974, par l’abaissement de l’âge du droit de vote à 18 ans au lieu de 21 ans

  • En 1992, avec la naissance de la citoyenneté européenne

Au fur et à mesure des conquêtes du droit de vote, je décloisonne vaillamment les catégorisations sociales au point qu’aujourd’hui, il est discuté que les étrangers résidant sur le territoire national puissent voter ou encore que je sois introduit dans l’urne par des mineurs de 16 ans, voire même que je fasse l’objet d’une obligation car voter relève du Droit et du Devoir…

Vu l’enjeu que je représente et que je médiatise par mon expression, je suis traqué, poursuivi, dragué (zayé), harcelé, en bref, sondé.

On veut me faire dire ce que je ne dis pas et on essaye de prédire ce que je vais dire.

Ainsi, par mon faux ami le sondage, je deviens acteur de cette insupportable mise en chiffre du monde, les stats, qui gomment tendancieusement trop souvent vos singularités, vos différences, vos particularismes ; vous installent subtilement et de manière clinique dans un prêt à penser confortable et aliénant.

Car à y regarder de plus près, les questions posées par les instituts de sondage politiques ont souvent la prétention de produire des questions qui vont permettre de mesurer la réponse que l’on souhaite. Or c’est très difficile à obtenir surtout quand il s’agit de mesurer du psychologique ou du subjectif. D’où les écarts parfois constatés.

En tous cas, moi Justin le Bulletin, je ricane face à toutes ces certitudes que l’on revêt du costume de la vérité.

En effet, vous avez pris l’habitude de croire que j’obéis à un choix rationnel, presque mécanique, que je respecterais une logique sociologique (les gens votent à cause de ce qu’ils sont), une logique rationnelle économique (les gens votent en fonction de leurs intérêts), une logique identitaire partisane (les gens votent à cause du lien affectif et idéologique au parti). Ne suis-je pas bien plus complexe que cela, plus nuancé, aux tonalités multiples, candidat au polymorphisme ?

Je m’amuse quand 40% des électeurs ont changé d’avis le jour même d’un vote et que la moitié de ceux-ci au moment même de voter (Michael Bruter).

Ce moment d’intimité démocratique et citoyenne, le passage à l’isoloir, est ma zone de confort et de pouvoir où j’exerce tous mes talents de dissident et d’insoumis, car là je sais jouer sur des ressorts psychologiques masqués par les arguments offensifs et rationnels des programmes politiques.

Moi, Justin le Bulletin, je suis l’écran sur lequel se projette aussi les émotions, l’identité et la mémoire de celui qui m’introduit dans l’urne. C’est à ce moment que j’éprouve le sentiment d’être un artisan de l’histoire.

Souvent les médias et les hommes politiques me considèrent comme le pur produit d’un choix cartésien alors qu’au moment du vote l’électeur est aussi face à des phénomènes d’identification, d’illusions, de déni, de défiances, de violents rejets, face à des émotions comme la peur ou la joie. Là, les arguments de la logique rationnelle sont rejoints par ces aspects psychoaffectifs et la dramaturgie du duel à mort se met en place : cœur contre raison, histoire personnelle contre intérêt général…

Moi, Justin le Bulletin, centre de gravité de la vie citoyenne, potomitan d’un vivre ensemble de qualité, je suis pivot de la respiration démocratique de la cité.

Sauf que lorsque je brille par mon absence (abstentionnisme ou absentéisme ?), je fragilise la représentativité, contrôlant du même coup une zone d’incertitude opaque.

Moi, Justin le Bulletin, en tant qu’expression émotionnelle, je revendique qu’on prenne ma température régulièrement car je suis sujet aux accès de fièvre avec les conséquences que l’on connait : Je deviens tout BLANC et je me sens NUL.

Moi, Justin le Bulletin, je fais partie intégrante de votre Environnement, j’en suis même l’un des murs porteurs, car c’est à la suite de mon expression que sont mises en œuvre les orientations stratégiques d’aménagement du territoire, celles-là même qui vont définir la structure des organisations sociales…

La qualité du lien social passe par les urnes……

Djibril BANE
Psychologue Social Environnementaliste

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Date de dernière mise à jour : 25/04/2016

 

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