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Le risque tsunami

Le risque tsunami

Le tsunami, terme japonais qui signifiant littéralement « la vague du port  », décrit la brusque montée des eaux de la mer, entraînant l’inondation des zones côtières avec des dégâts pouvant être très importants, à commencer par les bateaux et les équipements portuaires.

P36 aceh bateauLes tsunamis sont une conséquence d’un déplacement brutal d’une énorme quantité d’eau, soit en raison d’un glissement de terrain en bord de mer ou sous-marin (par exemple une éruption volcanique), soit en raison d’un séisme sur une faille sous-marine ou une zone de subduction.

La rupture de la faille sismique provoque le mouvement brusque de toute la hauteur d’eau qui se trouve au-dessus de la roche déformée. Cela se traduit en surface par un « gonflement  » local – voire régional pour un mégaséisme – du niveau de la mer. Cette perturbation n’est que momentanée, car la pesanteur terrestre va immédiatement relâcher cette eau en la ramenant à son niveau initial (son niveau d’équilibre), ce qui va générer une onde se propageant dans toutes les directions, comme lorsque l’on jette un pavé dans une mare. Cette onde, très énergique, peut parcourir de très grandes distances, traverser tout un océan par exemple. À l’approche des côtes, l’onde va ralentir et s’amplifier en large vague, avant d’inonder les zones les plus basses et vulnérables.

Le risque de tsunami aux Antilles
Si le risque tsunami commence tout juste à être reconnu aux Antilles, il a frappé la Guadeloupe et la Martinique à plusieurs reprises par le passé. Sur toute la période historique des Petites Antilles (400 ans), une vingtaine de tsunamis documentés ont été recensés. Certains sont d’origine sismique, générés par un séisme proche ou lointain, d’autres sont d’origine volcanique, liés à l’éruption d’un volcan insulaire ou sous-marin.

Schema tsunami c ipgpParmi les plus importants, on retiendra le mégaséisme de Lisbonne du 1er novembre 1755. D’une magnitude estimée entre 8,5 et 9, il détruisit la ville et provoqua des vagues de 5 à 15 mètres de hauteur sur les côtes espagnoles. À l’autre bout de l’Atlantique, on rapporte des vagues de plusieurs mètres sur pratiquement toutes les îles des Petites Antilles. L’une d’elles, de 4 mètres, fit plusieurs victimes à Sainte-Anne en Guadeloupe, tandis qu’en Martinique, un retrait de la mer sur une distance de 1,6 km était suivi d’une déferlante qui serait montée jusque dans les étages des maisons.

En Haïti, le 7 mai 1842, un séisme de magnitude supérieure à 8 a provoqué un tsunami observé sur les côtes des îles alentour, et une vague de plusieurs mètres aurait été observée à Deshaies, en Guadeloupe. Le 18 novembre 1867, c’est un séisme aux îles Vierges de magnitude 7,5 qui est suivi d’un tsunami observé dans toutes les îles des Petites Antilles.

P38 desatre de saint pierreLors de l’éruption de la montagne Pelée en 1902, des millions de mètres cubes de matériaux pyroclastiques sont déversés en mer, produisant une vague de 4 à 5 mètres et occasionnant de nombreuses victimes à Saint-Pierre, en Martinique. Plus récemment, l’éruption du volcan Soufrière Hills à Montserrat a provoqué un effondrement du dôme de lave en 2003, entraînant une vague de 1 à 2 mètres de hauteur et de légers dégâts matériels dans le port de Deshaies en Guadeloupe. Enfin, le séisme des Saintes a lui aussi engendré un tsunami d’environ 2 mètres, heureusement sans dégât.

Réagir face à un tsunami
Il n’existe qu’un seul remède face au tsunami : s’éloigner rapidement de la côte et monter sur un point haut naturel pour éviter le déferlement de la vague et ses effets dévastateurs. Cette consigne est si claire et si générale que les panneaux de prévention peuvent la représenter sous forme d’un simple pictogramme, sans aucune ambiguïté.

Quand faut-il s’alarmer ?
En premier lieu, lorsque survient un séisme : les ondes sismiques étant de 10 à 100 fois plus rapides que celle du tsunami, il peut s’écouler de précieuses secondes ou minutes, suivant la distance à l’épicentre, entre la secousse et l’arrivée de la vague. En revanche, si le séisme est trop distant, il ne sera pas ressenti. Mais en contrepartie il pourra s’écouler des heures avant l’arrivée du tsunami. Dans ce cas, les systèmes d’alerte automatique, basés sur la détection des séismes, seront très efficaces.

Reste qu’il faut que le système puisse prévenir rapidement les populations concernées. Sur ce dernier point, il reste encore beaucoup à faire. Certains pays utilisent les sirènes d’alerte sur les plages, d’autres explorent les solutions offertes par les nouvelles technologies : l’usage des réseaux sociaux, des téléphones portables et de la géolocalisation semble inéluctable à terme pour être certain de pouvoir prévenir toute la population exposée.Panneau route evac francois v finale 12

Observer la côte
Une autre approche, plus naturelle, consiste à observer la côte : juste avant un tsunami, la mer peut se retirer anormalement, en raison de l’approche de la vague déferlante qui « aspire  » de grandes quantités d’eau vers le large. Dans les régions où la marée est faible ou pratiquement inexistante, comme les Antilles, cela doit provoquer le bon réflexe chez les personnes attentives : il faut fuir immédiatement vers l’intérieur des terres !

Mais dans certaines situations extrêmes, il ne sera malheureusement pas possible, même en étant prévenu à temps, d’éviter le phénomène. C’est le cas par exemple sur les petites îles isolées et sans relief, qui sont des sites hautement exposés.

Aux Antilles, on raconte que les ancêtres préconisaient de toujours se baigner face à la mer, en regardant l’horizon… Un conseil de vieux sage ?

Évaluer le risque tsunami
Y a-t-il forcément un tsunami après un séisme ? Il faut que la faille soit sous-marine, bien sûr, mais aussi que la rupture soit peu profonde et de forte amplitude pour déplacer une masse d’eau suffisante. Le potentiel tsunamigène* d’un séisme est cependant très difficile à évaluer et les systèmes d’alerte peuvent se tromper. Il est ainsi possible de recevoir de fausses alarmes, les seuils étant réglés pour que l’on soit certain de ne rater aucune alerte.

Soufriere hills montserrat anthony finizola 3Dans le cas d’une activité volcanique, le risque de tsunami sera directement lié au potentiel et au volume de déstabilisation en mer. Si le volcan est étroitement surveillé, comme Soufrière Hills à Montserrat, il est possible de calculer ce volume et d’anticiper le phénomène, par exemple en lançant une alerte préventive lors de pics d’activité.

Mais il ne suffit pas de détecter et simuler la source du tsunami. Il faut aussi modéliser avec précision la hauteur des vagues et la distance d’inondation à l’intérieur des terres. Tout cela nécessite des calculs extrêmement complexes dépendant de la topographie des fonds marins, souvent mal connue ou avec insuffisamment de précision. Or, c’est surtout de ces effets locaux, près de la côte, que dépendra la force destructrice d’un tsunami.

*Tsunamigène : adjectif signifiant « à l’origine, générateur de tsunami  ».

Le Kick’em Jenny
Les arcs volcaniques insulaires sont nés du volcanisme sous-marin. Il faut des milliers d’années pour que l’accumulation de dépôts magmatiques atteigne finalement la surface et forme une île. Mais avant cela, les éruptions se produisent entièrement sous l’eau, ce qui produit un volcanisme très particulier en raison de la pression d’eau au contact du magma.

P41 carte loca kick em jennyAux Petites Antilles il existe un volcan sous-marin, le Kick’em Jenny, situé au nord de Grenade. Il a été découvert en 1939 et on lui connaît une douzaine d’éruptions depuis, ce qui en fait le volcan le plus actif de l’arc. Son activité présente un risque surtout pour les côtes de Grenade, qui sont exposées aux effets directs et indirects d’une éruption.

La question d’un tsunami dont il pourrait être à l’origine est complexe. En 2015, le sommet du cône volcanique était situé à moins de 200 m sous le niveau de la mer, et toute activité éruptive, comme des explosions violentes liées au contact du magma et de l’eau, ou des glissements de terrain, pourrait potentiellement entraîner un tsunami, dont l’ampleur dépendra du volume de matériaux mis en jeu. Les simulations sont beaucoup plus délicates à réaliser que dans le cas d’un séisme, en raison de la complexité à caractériser la source du tsunami. Il est cependant toujours possible de lancer une alerte préventive lorsqu’un pic d’activité est détecté par les réseaux sismologiques.P41 sonar kick em jenny

C’est ce qui a failli se produire le 23 juillet 2015, lorsque la sismicité volcanique observée depuis plusieurs jours s’est transformée en trémor éruptif (signal sismique fort et continu lié à l’éruption sous-marine) et a incité le Seismic Research Center (SRC) de Trinidad à déclencher l’alerte de niveau orange, soit une zone d’exclusion marine de 5 km autour du volcan. Mais la configuration du volcan n’a pas justifié le lancement d’une alerte tsunami, et l’activité s’est atténuée quelques jours plus tard.

 

Légendes des photos + ©
1- Bateau emporté par le tsunami de Sumatra (2004). © Franck Lavigne/Univ. Paris 1
2- Formation d’un tsunami lors d’un séisme sous-marin et propagation de la vague vers les côtes. © IPGP
3- Zones du nord de la Martinique dévastées par l’éruption de la Montagne Pelée en 1902. © BnF
4- Panneau d’information utilisé sur les territoires français (norme ISO). © DR
5- Les éruptions de la Soufrière de Montserrat ont provoqué au moins deux petits tsunamis en 2003 et 2006 ayant touché la Guadeloupe. © IPGP
6- Topographie du Kick’em Jenny, dont le sommet atteint 180 m sous le niveau de la mer (2003). © NOAA

 

Seismes 1re couvSéismes des Antilles
François Beauducel de l'Institut de physique du globe
Préface de Nathalie Feuillet

Les derniers progrès de la recherche scientifique
Risque sismique
Risque tsunami
Se préparer
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Construire parasismique

88 pages, 13,50 €
Scitep logoinfwww.scitep-editions.fr

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Date de dernière mise à jour : 12/04/2016

 

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