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Agroécologie : la terre vue du sol

Agroécologie : la terre vue du sol

Véritable discipline scientifique, l’agroécologie est une autre façon d’envisager le rapport de l’Homme à la Nature pour qu’elle dispense sainement et durablement de quoi nourrir chacun. Née de l’opposition au système conventionnel intensif, l’agroécologie séduit de plus en plus de producteurs et de consommateurs aux Antilles comme ailleurs - là où les oreilles sont échaudées par les scandales sanitaires et environnementaux liés aux produits chimiques.


Agroe cologieDifficile d’imaginer que ce jardin créole n’était pendant longtemps qu’une parcelle uniforme dédiée au pâturage… Arbres fruitiers, plantes médicinales, aromatiques et comestibles, légumes, fleurs et insectes pollinisateurs se partagent maintenant les lieux, transformés selon les principes de l’agroécologie. Dans cette science du vivant réclamant patience et connaissances multiples, l’important est d’observer au plus près le fonctionnement de la Nature et de l’imiter pour en reproduire les symbioses.

Tradition et innovation

On lutte contre les ravageurs avec des plantes adventices locales (qui attirent aussi les auxiliaires), contre l’érosion du sol et les herbes indésirables grâce au paillage et aux plantes de couverture riches en azote, on sélectionne les semences les mieux adaptées au territoire, on diversifie les cultures, on plante des haies vives entre elles, on travaille la terre le moins possible, manuellement, sans en modifier la structure – pour respecter les différents organismes biologiques qui œuvrent dans les strates -, on utilise compost et engrais vert, on optimise la consommation d’eau et d’énergie…

Mélange savant de tradition et d’innovation, l’agroécologie vise à assurer sécurité, salubrité et autonomie alimentaires aux populations. Elle s’impose comme une réponse adaptée à des défis qui n’épargnent pas nos régions. En tant que courant de pensée défenseur d’une agriculture paysanne et familiale, elle correspond au désir de rapprochement que partagent des producteurs qui veulent retrouver leur fierté et des consommateurs lassés de s’inquiéter du contenu de leur assiette.

Vers une révolution culturelle ?


Aux Antilles, le mouvement s’est mis en route sans attendre les incitations gouvernementales. Depuis dix ans, de nombreuses initiatives vont dans le sens d’une économie locale plus solidaire et soutenable. Des associations comme Orgapéyi ou le Jardin de santé en Martinique, comme EcoBio et Gwad’Amap en Guadeloupe, organisent leurs propres réseaux de distribution avec des marchés ou des abonnements à des paniers de fruits et de légumes. Des Jardins partagés sont nés pour appliquer et faire connaître ces nouvelles pratiques. La FREDON (Fédération Régionale de Défense contre les Organismes Nuisibles) accompagne techniquement des producteurs, des lycées agricoles et des jardiniers amateurs pour limiter l’utilisation des produits phytosanitaires. En Guadeloupe, l’APECA (Association pour une Agriculture Paysanne et Ecologique dans la Caraïbe) a crée un réseau intercaribéen (RECA) et participe à des échanges avec d’autres pays de la zone notamment Cuba. Privée de devises pour cause d’embargo, Cuba a été la première île de l’archipel à avoir adopté l’agroécologie comme mode de culture. En Haïti, le mouvement prend de l’ampleur. Les progrès de l’agroécologie dans la Caraïbe sont au centre d’un film documentaire dont le réalisateur cubain Eduardo Calves-Somoza mène le tournage en ce moment. Sortie idéalement prévue en avril, à l’occasion du Terra Festival 2017.

Muriel Derivery/ Fey 33

Les actions de l’Etat pour l’agroécologie

CompostL’Etat a lancé différents programmes auprès des agriculteurs Antillais pour développer l’agroécologie, en partenariat avec ses instituts techniques (INRA, CIRAD, IT2). La Martinique et la Guadeloupe s’appuient notamment depuis 2011 sur les RITA (Réseaux d’innovation et de transfert agricole dans les DOM) pour accompagner la diversification animale et végétale ; elles sont aussi concernées par la constitution d’un réseau caribéen (avec Cuba et Haïti) pour le développement de systèmes horticoles agroécologiques (DEVAG - financement INTERREG IV Caraïbes), ou par AgroEcoDom, projet de mobilisation collective pour le développement rural qui va de 2015 à 2018. Coordonné par le CIRAD, il veut « encourager la conception et l’utilisation de systèmes de production agricole et de pratiques agronomiques respectueuses de l’environnement en s’appuyant sur les fonctionnalités offertes par les écosystèmes ». Autre projet d’envergure en cours : l’INRA, la CIRAD et le PRAM planchent sur l’élaboration d’un Pôle Excellence en Agroécologie aux Antilles.

Muriel Derivery

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Date de dernière mise à jour : 15/07/2016

 

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