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Alimentation : Les Antilles tombent dans les pommes !

Alimentation : Les Antilles tombent dans les pommes !

Véritable arlésienne du débat politique Antillais, la réduction de la dépendance alimentaire reste un vœu pieu. Aujourd’hui encore, nos îles sont loin de se nourrir, même si localement l’agriculture ne manque pas d’idées.

Pomme fey 33La pomme (de France) est aujourd’hui le fruit le plus commercialisé en Martinique. L’île en importe 4 000 tonnes par an. Au pays des mangues, des bananes, des melons, des abricots et des maracudjas, la pomme de France (qui a subi en moyenne 36 traitements chimiques) se taille la part du lion. De même, le riz est devenu un aliment essentiel du « menu créole » alors qu’il est importé dans sa totalité.

Le sujet de la dépendance alimentaire n’est pas nouveau. Il est revenu dans l’actualité en 2009, pendant les grèves générales. La colère contre la vie chère avait orienté le débat vers les marges des supermarchés, des importateurs et des transporteurs. Faute de centres commerciaux, les petits producteurs locaux, les épiceries de quartiers et les marchandes étaient pris d’assaut. Désormais, c’était décidé, tout allait changer. Même Nicolas Sarkozy, alors président de la République, plaidait en 2009 pour la réduction de la dépendance alimentaire des Antilles. Plus récemment, le sujet a ressurgi dans les débats locaux du mouvement des Nuits Debout.


Relocaliser la production alimentaire

Dans un souci écologique de maîtrise des changements climatiques, l’organisation agricole de nos îles paraît en effet aberrante. Le secteur reste largement dominé par la banane (28% des surfaces agricoles en Martinique, 8% en Guadeloupe) et la canne (45% des surfaces agricoles en Guadeloupe, 16% en Martinique). Deux cultures destinées à l’exportation. Les cultures vivrières, qui nourrissent véritablement la population locale, n’occupent que 6% des terres agricoles de la Guadeloupe et 7% de celles de la Martinique. Tout le reste est importé… C’est ainsi que la Martinique achète à l’extérieur 60% de ses fruits et légumes et 75% de sa volaille. En Guadeloupe, la situation n’est pas meilleure. Entre 2010 et 2014, hormis le melon, toutes les productions de fruits et légumes ainsi que la production de viande sont à la baisse.


Un gisement de 55 000 emplois

Relocaliser l’agriculture est pourtant un objectif qui ne manque pas d’arguments. Au niveau écologique, consommer un produit local permet de réduire le transport maritime et aérien qui contribue de manière importante au changement climatique.

Au niveau économique, l’agriculture vivrière pourrait créer de l’activité et des emplois. Aux Antilles, la taille des exploitations agricoles ne cesse de grandir alors que pour augmenter la production alimentaire, l’ONU propose à l’inverse de développer des fermes de petite taille, agroécologiques. Cette méthode, plus économe en ressources et en moyens financiers, permet de fournir une production variée, de valoriser les terres (sans les polluer) et d’augmenter les rendements et les richesses. Un rapport de l’INRA de 2013 démontre qu’en France, un hectare de terre cultivé en agroécologie permet de faire vivre une personne avec le SMIC. Aujourd’hui, le modèle des cultures intensives d’exportation emploie un salarié pour 17 hectares en Guadeloupe et 1 pour 6,5 hectares en Martinique. Si les deux îles appliquaient la permaculture et l’agroécologie sur toute leur surface agricole utile, tout en développant des cultures nourricières, la Guadeloupe pourrait gagner 30 000 emplois, et la Martinique 25 000…

Enfin, produire une plus grande part de notre alimentation permettrait aussi de mieux en maîtriser la qualité.

Certes, une indépendance alimentaire totale présenterait des risques. Une autarcie placerait nos îles à la merci d’une catastrophe naturelle ou d’une épidémie végétale. De plus, le climat ne permet pas de mener ici toutes les cultures qui composent nos menus. Mais la dépendance totale pose de sérieux problèmes de souveraineté. Comment un pays pourrait-il contrôler son destin alors qu’il est placé dans une telle situation de dépendance sur un enjeu aussi vital que l’alimentation ?

Laure Martin Hernandez/ Fey 33

 

Les chiffres de la dépendance alimentaire :

Martinique :
Valeur ajoutée de l’agriculture : 172*
Exportations agricoles : 92
Importations agricoles : 48
Exportations de l’industrie agroalimentaire : 58
Importations de l’industrie agroalimentaire : 397

Guadeloupe :
Valeur ajoutée de l’agriculture : 169
Exportations agricoles : 39
Importations agricoles : 52,5
Exportations de l’industrie agroalimentaire : 60
Importations de l’industrie agroalimentaire : 420,5


* en millions d’euros
Source : IEDOM. Rapports Annuels Edition 2015



Lire aussi :
Les chiffres de la dépendance alimentaire / Martinique/Guadeloupe

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Date de dernière mise à jour : 22/08/2016

 

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