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Fourmis manioc : une armée silencieuse en Guadeloupe

Fourmis manioc : une armée silencieuse en Guadeloupe

Fourmi ok manioc re elleImportée par accident dans les années 1950, la redoutable fourmi manioc a aujourd’hui colonisé toute la Guadeloupe, ainsi que Cuba, Carriacou et Trinidad. L’insecte, qui a survécu à 40 ans de lutte chimique, fait des dégâts considérables dans les cultures, les jardins et les milieux naturels.

Originaire du continent américain où elle est présente du Texas à l’Argentine en passant par la Guyane, la fourmi manioc (
Acromyrmex octospinosus) serait entrée clandestinement sur le territoire guadeloupéen en 1954 dans une cargaison de terre ou de plantes. Signalée d’abord à Morne à l’Eau, elle était observée 20 ans plus tard, à l’entrée de la Basse-Terre qu’elle a conquise à son tour.

Symbiose avec un champignon

Déjà redouté par les Mayas, l’insecte est présenté comme l’un des ravageurs les plus dangereux des Amériques. On dit d’une fourmilière qu’elle peut dénuder un arbre en 24 heures. Les fourmis découpent inlassablement de larges morceaux de feuilles qu’elles transportent jusqu’à leur nid. Cette biomasse nourrit des champignons souterrains qui constituent l’alimentation des fourmis. Grâce à cette symbiose, le champignon se développe dans l’environnement protégé de la fourmilière et les insectes disposent d’une nourriture valorisée, plus riche et plus digeste que les végétaux d’origine. Chaque fourmi ailée femelle qui quitte la fourmilière emporte sur elle un morceau de ce champignon pour le bouturer dans la nouvelle communauté qu’elle espère fonder.

Mais le champignon est vorace. Quand une fourmilière attaque une feuille, elle n’en laisse rien, ou parfois seulement les nervures. Dans la Basse-Terre, des fougères arborescentes sont menacées. Les fourmis manioc raffolent de ses jeunes pousses et des attaques répétées sont fatales à la fougère.

Lutte chimique

Face à cette invasion, une lutte chimique a été déployée en Guadeloupe. La fourmi manioc a même subi la chlordécone, avant que ces premiers insecticides toxiques soient interdits dans les années 1990. Résultat nul : l’insecte a survécu et il a continué sa progression… Aujourd’hui, des recettes plus naturelles sont conseillées. La plus citée est de déposer de la chair de calebasse fraîche devant l’entrée de la fourmilière. De même, certains jardiniers disposent des bouteilles en plastique découpées autour des tiges ou des jeunes troncs, pour barrer la route aux insectes.

Forurmi maniok
Laure Martin-Hernandez/ Fey 33/Illust. K.Isaac

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Date de dernière mise à jour : 14/07/2016

 

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