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La signature des baleines

Mn ommagDepuis 2011, l’Observatoire des Mammifères Marins de l’Archipel Guadeloupéen (OMMAG) anime avec passion un réseau de plus de 150 observateurs, dans le but de développer la connaissance des cétacés de Guadeloupe et des Antilles. En effet, malgré leur présence charismatique, ces animaux passionnants sont encore méconnus. Or les protéger c’est avant tout les connaître.

Baleine à bosse devant Petite-Terre © Laurent Bouveret, OMMAG

L’Observatoire fonctionne sur le principe des sciences participatives : toute personne témoin d’une observation, opportuniste ou recherchée, en mer ou depuis la côte, est encouragée à transmettre l’information au réseau. L’OMMAG se charge de compiler, trier, analyser et interpréter les données pour suivre les populations de cétacés. Sa philosophie est portée par la curiosité, la coopération avec les scientifiques, les associations et les gestionnaires à l’image du sanctuaire AGOA, et la volonté de partager les résultats pour servir au mieux la conservation de ces créatures fantastiques.

Parmi les méthodes de suivi, l’OMMAG pratique la photo-identification. Chez les grands dauphins (Tursiops truncatus) la forme de la nageoire dorsale est propre à chaque individu : elle est la plupart du temps marquée, encochée, voire tronquée, témoignant d’interactions plus ou moins pacifiques avec d’autres individus ou des prédateurs. Les photos des nageoires dorsales permettent donc de reconnaitre les individus par comparaison et de constituer ainsi des catalogues de dorsales. Un exemple édifiant est celui du groupe de dauphins dits « de Petite-Terre » chez qui la grande majorité des individus sont connus, ainsi que leurs relations généalogiques. Les photographies transmises par les observateurs permettent donc de suivre les déplacements des animaux, leurs zones de prédilections et donc les endroits où le déploiement de mesures de protection serait le plus pertinent. L’OMMAG est également à l’initiative de la création d’un catalogue de photo-identification des sténos rostrés (Steno bredanensis), des globicéphales tropicaux (Globicephala macrorhynchus), des dauphins tachetés de l’Atlantique (Stenella frontalis) et des grands cachalots (Physeter macrocephalus), ces derniers étant identifiés grâce à leur nageoire caudale.

Ces deux nageoires dorsales extraites du catalogue des grands dauphins appartiennent clairement à deux individus différents © Laurent Bouveret et Dany Moussa, OMMAG.

De la même façon, ces deux nageoires caudales appartiennent à deux grands cachalots différents © Dany Moussa et Cédric Million, OMMAG.

Dans le cas de l’espèce emblématique de l’association, la baleine à bosse (Megaptera novaeangliae), l’enjeu de la photo-identification prend une dimension planétaire ! En effet, chaque année les baleines à bosse migrent entre leur zone d’alimentation et leur zone de reproduction, entre l’Atlantique nord et les Caraïbes. La comparaison des catalogues de photos de nageoires caudales des différentes zones promet de grandes découvertes, et c’est précisément ce qui est arrivé récemment…

La migration des baleines à bosse de l’Atlantique est connue depuis longtemps. Les chercheurs ont déjà mis en évidence leur migration entre eaux canadiennes et celles les Grandes-Antilles. On pensait donc que les baleines de Guadeloupe appartenaient à cette même population, ce qui s’avérait être un raccourci.

Match de baleine à bosse entre la Guadeloupe et le Golfe du Maine © CCS, et Cédric Million, OMMAG.

Depuis 2011, les observateurs de l’OMMAG ont constitué un catalogue de 250 caudales pour les Petites-Antilles. La collaboration avec les scientifiques canadiens a sans surprise mis en évidence quelques « match » entre la Guadeloupe et le Canada. Mais de nouvelles coopérations ont montré que des individus effectuent la migration entre la Guadeloupe et le Nord-Est de l’Atlantique, soit sur plus de 8000 kilomètres ! Différentes populations se croiseraient donc dans nos eaux guadeloupéennes et ceci est une vraie découverte en termes de conservation des populations. Plus incroyable encore, quatre individus ont été reconnus en Guadeloupe et aux îles du Cap Vert en 2015 (Peter T. Stevick et al., 2016, Journal of the marine biological association of the United Kingdom). Ceci signifierait tout bonnement que ces baleines fréquentent deux zones de reproduction distantes de plus de 4000 km. Or ce type de migration triangulaire s’avère être extrêmement rare dans le règne animal et très peu documenté.

Ces informations constituent de véritables avancées dans la connaissance des baleines à bosse. De nombreuses énigmes persistent encore, à l’instar du très faible nombre de reconnaissances de mêmes individus en Guadeloupe au cours d’une saison et d’une année sur l’autre. Ce phénomène tendrait à montrer que les baleines sont ici de passage et peu fidèles en termes de zone de reproduction… Bref, il reste matière à la coopération entre observateurs et scientifiques !

Si vous êtes témoins de manifestations de baleines, dauphins et cachalots, contacter l’OMMAG ou son homologue martiniquais l’OCETAM. D’ailleurs un même cachalot a été déjà observé successivement dans les eaux des deux îles…

TF, OMMAG

Contact OMMAG : Laurent BOUVERET, animateur du réseau Guadeloupe
laurent.bouveret@gmail.com
0590 68 51 26
Facebook OMMAG

http://www.OMMAG.info/

Contact OCETAM : Melinda CHOPIN, animatrice du réseau Martinique
ocetam@gmail.com
0696 92 52 75
Facebook OCETAM

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Date de dernière mise à jour : 31/07/2016

 

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