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La sauvegarde des espaces marins caribéens : un impératif !

La Caraïbe a toujours été perçue par les populations allochtones (venant d’Europe et d’Amérique du nord essentiellement) comme une région paradisiaque, où les plages de sable blanc, la mer bleu turquoise, les coraux aux couleurs chatoyantes et la végétation luxuriante sont synonymes de séjours inoubliables. Si ces atouts sont indéniables et attirent chaque année plus de 100 millions de touristes, il convient cependant de ne pas oublier que cette région est particulièrement dégradée.

Fey magazine 34 p4 1Derrière le rideau de fumée que représente l’activité touristique, des exploitations agricoles participent quotidiennement à une déforestation majeure sous-tendant de graves problèmes d’érosion et d’hypersédimen-tation côtière. En Martinique, par exemple, la baie du Marin (20 km2) qui bénéficiait jusqu’au début du XIXe siècle d’une richesse biologique inégalée, s’est beaucoup appauvrie ces dernières décennies. En Guadeloupe également, la déforestation à des fins agricoles a favorisé d’importants transferts sédimentaires en direction de la mer. Les mangroves qui filtraient et retenaient jadis les sédiments ayant été détruites à leur tour, les communautés coralliennes récifales et les phanérogames marines sont aujourd’hui fortement nécrosées. Dans le détail, le Mexique perdrait annuellement plus de 600 000 hectares de forêt, la Colombie près de 900 000 hectares, le Venezuela 250 000 hectares, le Nicaragua 130 000 ha et au Brésil, 2 100 000 hectares ont été défrichés au cours de la période 1978-1988.

Fertilisants, herbicides, etc

Bien que très médiatisées, ces dégradations sont loin d’être les plus importantes. Sur la plupart des exploitations bananières du Costa-Rica, de Colombie, du Guatemala ou du Honduras, des pulvérisations aériennes de pesticides sont effectuées quatre ou six fois par mois pendant les dix mois que dure la croissance de la plante. Au sol, les employés pulvérisent aussi des doses massives de fertilisants et répandent quatre ou cinq fois par an des herbicides et des nématicides. Les résultats d’une étude menée par l’Université nationale d’Heredia au Costa-Rica indiquent que par simple ruissellement, ces produits contaminent l’eau des rivières, celle des nappes phréatiques et plus généralement le milieu marin.

Quand on sait que dans la plupart de ces pays, les populations côtières se nourrissent quasi exclusivement de poissons et de crustacés, tout porte à croire qu’au-delà de la simple destruction écosystémique, les humains sont les plus vulnérables en raison de la bioaccumulation. 

Marées noires et dégazages

Les activités industrielles sont, elles aussi, à l’origine de fortes dégradations. Les raffineries de pétrole d’Aruba, de Curaçao, de Porto Rico, de Trinidad et Tobago, des îles Vierges et des Bahamas rejettent accidentellement du pétrole. En 1978, par exemple, 76 millions de barils de pétrole ont été déversés dans la mer des Caraïbes. Entre les mois de juin 1979 et de mars 1980, 475 000 tonnes de pétrole brut se sont déversées en milieu marin suite à l’explosion d’un puits foré par la PEMEX (compagnie pétrolière nationale mexicaine) ; certains spécialistes estiment qu’il s’agit de l’une des plus graves marées noires survenue dans le monde. 

Les dégazages des supertankers sont aussi très fréquents. Il n’est pas rare de retrouver de petites galettes de pétrole sur les côtes orientales de nos îles. Chaque jour plus de 25 pétroliers transitent par la Caraïbe ; même le pétrole pompé en Alaska passe par les routes maritimes caribéennes pour rejoindre les raffineries du golfe du Mexique.

Épuisement marin

La surpêche participe aussi activement à la dégradation des espaces marins caribéens ; l’exemple de la pêche aux homards est symptomatique. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, les fonds marins nicaraguayens étaient si riches en crustacés qu’il était possible d’en trouver à partir d’une quarantaine de centimètres de profondeur. 50 ans plus tard, il faut se rendre sur des récifs isolés à plusieurs kilomètres de la côte pour en pêcher ; cette situation résulte de la gabegie opérée entre 1950 et 1990 par les sociétés étrangères qui, profitant de la hausse des prix des fruits de mer, épuisèrent les fonds marins de la région. 

Pendant longtemps, la pêche fut la seule activité pratiquée aux abords des îlots de la côte orientale de la Martinique ; il est vrai que cette région bénéficiait d’une biodiversité marine importante : tourteaux, homards, langoustes, lambis, poissons rouges, etc. Au cours de la décennie 1930-1940, des navires bretons – spécialisés dans la pêche aux crustacés – firent escale dans la commune du Robert (Martinique), où ils pillèrent les fonds marins. Aujourd’hui, les pêcheurs sont unanimes, la pêche n’est plus aussi abondante ; il faut aller de plus en plus loin pour obtenir quelques kilos de poissons. Les causes de cet épuisement de la ressource proviendraient à la fois d’une surexploitation et d’une augmentation de la fréquentation du milieu contribuant à la migration des poissons vers le large.

Tourisme et assainissement

Enfin, les zones côtières étant de plus en plus prisées, elles furent souvent cédées à des promoteurs. À Porto-Rico et au Venezuela, la prolifération de résidences touristiques « les pieds dans l’eau » constitue une source de pollution majeure, car les effluents domestiques sont rejetés à proximité des mangroves sans traitement préalable. De même, le désenclavement de certaines régions par la construction d’axes routiers ou autoroutiers, a entraîné la disparition de plusieurs milliers d’hectares de mangroves dans la Caraïbe ; en Colombie, par exemple, dans la région de la Cienaga Grande, certaines mangroves n’étant plus alimentées en eau douce, leur salinité s’est accrue et les arbres meurent sur pied (Wackermann et al.,2005).

Pascal SAFFACHE pour Fey 34

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Date de dernière mise à jour : 28/11/2016

 

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