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LE COÛT D’ÊTRE ENSEMBLE

LE COÛT D’ÊTRE ENSEMBLE

Tout au long de ces années, le journal Fey Magazine s’est fait le relais d’une approche de l’environnement à la fois écologique et sociale (humaine).

La Psychologie Environnementale y a apporté sa contribution et a légitimement trouvé sa place, dans ce souci permanent de ne pas séparer les hommes de leur territoire dans les réflexions sur ces grands enjeux de société. Cette fois encore, le coup de projecteur est porté sur l’impact que peut avoir l’espace sur nos modes de relations, sur nos comportements.

Djibril fey 34Les problématiques environnementales doivent donc se poser avec encore plus d’acuité sur nos territoires iliens, où l’eau constitue à la fois une limite physique et symbolique.

Les notions de densité, d’intimité, de proximité, de promiscuité, d’exiguïté doivent être au cœur de nos réflexions pour organiser efficacement nos espaces de vie.

La prudence est de mise quand il s’agit d’aménager nos territoires et il importe aux décideurs de tenir compte des variables socio-environnementales pour que la traduction sur le terrain des orientations politiques ait du sens pour le plus grand nombre…

Dans cet esprit, il faut changer de logiciel, avoir le courage de provoquer le débat, remettre en question nos évidences et nos certitudes sur ces problématiques dont l’enjeu est double : la préservation de nos écosystèmes et la qualité de notre lien social.

L’exiguïté et la densité (Cf. Fey n°29 Le Crowding) de nos espaces méritent donc d’être considérées comme de vraies variables d’analyse dont il serait judicieux de mesurer l’impact sur notre système social. En effet, avec une densité trois fois supérieure à celle de la France hexagonale (350 hab./km² contre 115 hab./km²), la Martinique doit penser son développement économique, social et culturel en intégrant systématiquement cette donnée dans les orientations stratégiques du territoire.

Certes, les effets de la densité et de l’exiguïté sur la réalité sociale sont très difficiles à mesurer, mais nous pouvons constater certaines conséquences notamment au niveau professionnel.

Nos réalités professionnelles sont percutées par les effets de notre proximité physique et sociale.

Chez nous, les sphères de vie se chevauchent et nous partageons en continu l’espace social. Les personnes se rencontrent, et souvent les mêmes, dans les mêmes sphères d’activités sportives, politiques, culturelles, de loisirs, associatives, familiales, amicales, religieuses, et bien sûr… professionnelles. Cela crée à la fois du lien et une communauté de destin, mais aussi cela vient gêner notre professionnalisme. Tout se sait et tout peut se savoir, on se croise et on s’entrecroise dans le ballet de nos multiples activités. Et cet essaim relationnel est déposé dans les organisations, non sans effet sur la qualité de relations internes et l’efficacité des collectifs de travail.

« Fais ça pour moi » au travail prend tout son sens à la lumière de cette continuité des espaces de vie et de l’enchevêtrement des réseaux de personnes.

L’intimité est menacée, polarisant les comportements de méfiance, antithèse du collectif de travail. La perception du collègue ne s’opère plus seulement à travers le prisme de la compétence et de l’expertise, mais elle est parasitée, biaisée par une perception qui dépasse le cadre du travail.

Ainsi, contrôler, ordonner, faire-faire, animer, évaluer…, en bref, manager entre en collision avec les subjectivités émotionnelles et affectives.

L’impact sur le travail peut être catastrophique quand les décisions sont orientées essen-tiellement en fonction des sphères non professionnelles.

Il y a là un combat à acheter, car c’est comme si le travail devenait l’otage d’un diktat social. 

Là, il y a lieu de remettre l’église au milieu du village afin que le travail soit au centre des préoccupations des managers comme des salariés, si on veut un développement économique cohérent et satisfaisant.

Totem tribuneCertes, on ne va pas carreler la mer pour augmenter notre surface habitable, mais pour contourner les effets de notre exiguïté au niveau professionnel, il faut résolument s’engager dans une éthique professionnelle en régulant systématiquement le travail, en faisant évoluer les postes, en formant les managers et les responsables d’encadrement, en ayant une gestion humaine des ressources…

Ce qui est visé, c’est bien la création et le maintien du lien social organisationnel, construit sur la régulation du travail et le management du travail, rempart contre la dérive des pratiques professionnelles qui devient la norme…

En visant la qualité du travail on diminue les effets délétères de nos particularismes qui font de nous aussi ce que nous sommes.

Ayons la volonté d’y croire et le courage de faire.

Djibril BANE
Psychologue Social Environnementaliste

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Date de dernière mise à jour : 28/11/2016

 

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