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Un atelier de fabrication d’alcoolatures de plantes locales

Martinique : les news des Jardins Partagés de l’anse Gaïac
Un atelier de fabrication d’alcoolatures de plantes locales

Ami des jardins partagés de l’anse Gaïac, l’ethno-pharmacologue Emmanuel Nossin offre à l’association de partager son savoir sur les médicaments traditionnels locaux. Une première initiation s’est tenue en octobre au Prêcheur. Nous avons appris à fabriquer des alcoolatures de plantes locales.


« La médecine pétrochimique n’a pas d’avenir. La médecine de demain, c’est celle-ci » commente Emmanuel Nossin tandis qu’il montre les participants à l’atelier qui s’activent joyeusement autour de la grande table. Certains émincent des fleurs de papaye mâles, de tithonia ou des feuilles de maracudjas. D’autres lavent les plantes, les pèsent ou les enfoncent dans des bouteilles de verre jaune déjà remplies d’éthanol dont ils avaient rectifié le degré d’alcool. Après un exposé passionnant sur la richesse et les origines de la médecine traditionnelle locale, nous passions à la pratique. Dans l’assistance : des adhérents de l’association, deux médecins, une fonctionnaire retraitée, des profs, une infirmière, ou encore des membres d’une organisation touristique en quête de nouveaux visages du pays.

Une médecine qui n’a plus à faire ses preuves

Emmanuel Nossin sait de quoi il parle. Désigné par ses pairs Coordonnateur Général du réseau TRAMIL, il est un militant et une sommité internationale dans ce domaine. Né en 1984, en Haïti, TRAMIL rassemble 200 chercheurs de 35 pays du grand bassin caribéen autour de la connaissance et l’utilisation des plantes médicinales locales. « Dans 12 de ces 35 pays, la médecine traditionnelle est intégrée dans les systèmes de santé officiels. Elle a soigné nos ancêtres pendant trois siècles. Elle n’a plus à faire ses preuves, elle fonctionne.»

En Martinique et en Guadeloupe, le système de soins est intégré au modèle français. Les seuls médicaments autorisés et remboursés sont, comme à Paris, des produits de l’industrie pharmaceutique occidentale, que nous importons donc massivement. Or, la Martinique abrite 1 200 plantes, animaux ou minéraux qui ont été utilisés dans les soins d’antan. Pour la plupart d’entre eux, une efficacité a été démontrée par le biais d’une analyse scientifique dite moderne, menée en laboratoires par le réseau TRAMIL. 

Un usage domestique

Seuls 120 de ces 1200 ingrédients sont intégrés à la pharmacopée française, mais l’exploitation des autres substances est compliquée par les règles de la prescription médicale et la législation en matière de médicaments. Il est interdit de prescrire ou d’afficher les propriétés médicales de ces préparations locales sur un emballage. Celles que l’on trouve dans le commerce sont souvent présentées comme des «compléments alimentaires».

En revanche, rien n’interdit de les fabriquer pour soi et c’est ce que nous avons appris à faire. Un choix d’Emmanuel Nossin, le militant, qui veut partager ce savoir ancestral patrimonial et préparer l’avenir.

Autre rapport au corps

Les tradithérapies martiniquaises sont riches des connaissances amérindiennes qui en constituent le socle, mais aussi de connaissances africaines, européennes, indiennes et chinoises. Chaque culture s’est ajoutée et adaptée au contact des autres et des substances disponibles. Plus qu’une simple prescription de plantes, la médecine traditionnelle locale est aussi l’expression d’une autre vision du corps et du monde. Elle comporte une dimension magico-religieuse qui s’exprime dans les soins. « La médecine traditionnelle considérait l’individu dans son ensemble, sans le déconnecter de ses émotions », explique Emmanuel Nossin. « Elle traitait aussi des affections comme les « gros poils » ou les dépressions, dans l’intérêt de la communauté. Le médicament n’était pas la seule réponse ».

À la fin de la journée, chaque participant est reparti avec son précieux flacon d’alcoolature, sa posologie, ses usages, un guide d’une trentaine de plantes et les conseils de prudence. « Qui dit substance active dit effets secondaires » a prévenu Emmanuel Nossin. Ils doivent être examinés de près au regard de la santé de chacun et de ses autres traitements médicamenteux éventuels.

L. M. H. pour Magazine Fey 34

P1090327Vous avez dit alcoolatures ?
Les alcoolatures sont des préparations qui résultent de l’extraction de l’alcool éthylique sur des substances contenues dans des plantes fraîches. Elles se distinguent des teintures qui sont obtenues auprès de plantes sèches.

Après la fabrication, le flacon doit être gardé 20 jours puis doit être filtré.
Les alcoolatures sont destinées à un usage oral sous formes de gouttes. La durée du traitement excède rarement trois semaines.

À cause de l’alcool qu’il contient, la traitement est formellement contre-indiqué aux femmes enceintes ou allaitantes, aux jeunes enfants, aux personnes qui souffrent d’une addiction à l’alcool et à celles qui prennent un traitement médicamenteux incompatible avec l’absorption.

Contacts : Tél. 0696 44 16 30 
facebook.com/jardinspartagesansegaiac
mail : lesjardinsdegaiac@gmail.com

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Date de dernière mise à jour : 12/12/2016

 

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