Le magazine Fey ne bénéficie d'aucune subvention. "An nou fey'ensemb"

Un Martiniquais nettoyeur des océans

Fey : Comment votre aventure avec The Ocean Cleanup a-t-elle commencé ?

Bruno ste roseBruno Sainte-Rose : C’était en 2013. Un ami m’a fait savoir que Boyan Slat recherchait des collaborateurs avec mon profil pour mener son projet de créer une barrière dans le Pacifique pour arrêter les déchets en plastique qui s’accumulent. J’ai pris contact avec lui sur internet. Deux mois plus tard, il me proposait de participer à l’étude de faisabilité. Pendant près de deux ans, j’ai fait ça de manière bénévole, le soir après mon travail. Nous avons bouclé l’étude qui faisait plus de 500 pages et Boyan a lancé un appel de crowdfunding. Il nous fallait 2 millions de dollars pour lancer un prototype et nous avons eu beaucoup de chance puisque nous avons recueilli 2,5 millions. Boyan Slat a alors décidé d’embaucher des membres de son équipe et j’ai fait partie des 15 premiers salariés à la fin de l’année 2014. Aujourd’hui, nous sommes une cinquantaine.

B. S-R : Vous avez un parcours brillant, vous êtes diplômé de l’École Centrale de Paris, vous aviez probablement de très nombreuses opportunités de travail, pourquoi avoir choisi cette entreprise ?

B. S-R :
D’abord, en tant que  Martini-quais, je sais combien la mer est un élément essentiel. Le projet de réduire la pollution plastique me semblait très important et louable. De plus, j’ai été séduit par l’aspect « start up » de l’entreprise. Auparavant, j’avais travaillé dans l’aérospatiale, j’avais des possibilités dans des entreprises off shore, mais j’avais constaté que ces structures étaient très lourdes et souffraient d’une grande inertie. À l’inverse, Boyan Slat était un jeune homme exceptionnel, qui a conçu ce projet à l’âge de 17 ans, et qui voulait aller vite. Et puis, après avoir réalisé des études sur des sujets divers pour des entreprises, là, il s’agissait de se concentrer sur un seul projet et de le mener jusqu’au bout. J’ai été aussi séduit par ça.

B. S-R : Où en êtes-vous de ce grand projet ?

B. S-R :
Nous allons bientôt installer un deuxième prototype dans la mer du Nord. Après la première expérience, nous avons apporté des améliorations et nous allons les tester. Le but est d’installer une barrière flottante dans la plus grande zone d’accumulation de plastique des mers, qui est située dans le Pacifique. Mon travail consiste à savoir où va le plastique, en quelle quantité, sous quelle forme etc, en tenant compte notamment des courants et du changement climatique.

L’an dernier, nous avons mené une expédition en mer pour réaliser des prélèvements, et en octobre, nous avons lancé une expédition aérienne pour sonder, avec des caméras en 3D, la zone d’accumulation. Nous cherchions à mieux connaître les déchets de grande taille. Nous avons été surpris notamment par le nombre de filets de pêche qui dérivent. Par exemple, l’équipe est tombée sur un amas qui pesait plus d’une tonne et qui contenait 12 types de filets différents. Nous estimons qu’il y a un filet tous les 10 km2 dans la surface de concentration importante, soit 100 000 filets en plastique dans cette seule zone du Pacifique Nord. Nous-mêmes nous avons été frappés par l’ampleur de cette pollution.

B. S-R : Et quels sont vos projets personnels pour la suite ?

B. S-R :
La Martinique est mon pays et je garde l’espoir d’y revenir. Je pense que d’ici 5 ans, je vais préparer ça. J’ai des projets en tête mais il est encore trop tôt pour en parler…

Propos recueillis par Laure MARTIN HERNANDEZ/ Fey 34

3 chien sarotte

Pollution de la mer au plastique : les chiffres
Malgré les alertes des écologistes, la production mondiale de plastique continue de progresser à un rythme exponentiel. En janvier, une étude a été rendue publique par la Fondation Ellen MacArthur. Elle est alarmante. Entre 1964 et 2014, la production de plastique a été multipliée par 20 passant de 15 à 311 millions de tonnes par an. Un quart est utilisé pour les emballages. 
Selon la même étude, chaque année 8 millions de tonnes de plastique se déversent chaque année dans l’océan. Cela représente une benne à ordure chaque minute ! Actuellement, il y aurait 150 millions de tonnes de plastique dans l’océan, soit une tonne de plastique pour cinq tonnes de poissons.

Si rien n’est fait, en 2050, les mers compteront plus de plastique que de poissons…

Illustration / Emmanuel Sarotte - «Mamiwata» AN LOT Design

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau

Date de dernière mise à jour : 28/11/2016

 

Chaque individu apporte au monde sa contribution unique (Jack Kornfield)

Creaktion Graph.IK