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La faune sauvage sous la menace des espèces invasives

De moins en moins «insolites» en Martinique sont les faits attestant de la présence d’animaux domestiques, de compagnie, et d’élevage introduits dans la nature, se reproduisant ou potentiellement le pouvant, et donc présentant statut d’espèces invasives sur des espaces naturels. Il y a la chronique du ou des crocodile(s) du Nil, signalé(s) sur les berges de la rivière Lézarde au Lamentin depuis plus d’une dizaine d’années ; celle de la présence d’un ou plusieurs spécimens d’Iguana iguana invasifs à la Pointe Marin à Sainte-Anne ; ou encore la découverte d’un Python royal (Python regius) probablement originaire d’Afrique, tué à Saint-Joseph début mars. Un habitant l’avait confondu avec le trigonocépale endémique de la Martinique, le Bothrops lanceolatus, classé depuis 2015 "en danger d'extinction" par UICN (Union Internationale de Conservation de la Nature).

Les espèces exotiques envahissantes (EEV) constituent non seulement une menace pour la biodiversité et l’intégrité des écosystèmes, mais elles peuvent également causer des dommages économiques majeurs et des impacts significatifs sur la santé publique. Il est donc important de lutter contre ces espèces, notamment via des outils réglementaires.

6 mois de prison et 9000 € d’amende

En France, le Code de l’environnement (L.411-3) interdit l’introduction des espèces invasives dans le milieu naturel, ainsi que leur transport et leur commercialisation. Il autorise également l’autorité administrative à capturer et à détruire des spécimens. Des sanctions sont prévues. Elles peuvent aller jusqu’à 6 mois d’emprisonnement et 9 000 € d’amende en cas d’introduction volontaire dans le milieu naturel, de transport, de colportage, d’utilisation, de mise en vente, de vente ou d’achat d’un spécimen d’une espèce animale ou végétale invasive. Pour les espèces animales, la réglementation relative à la faune sauvage captive s’applique, selon deux arrêtés du 10 août 2004, qui précisent les modalités de détention des animaux sauvages en captivité. Ils fixent notamment des restrictions de détention de certaines espèces animales, dont les tortues d’eau douce exotiques (la tortue de Floride en particulier) qui ne peuvent être détenues par des particuliers ou vendues en animalerie à destination du grand public.

Rat, mangouste, chat etc

En Martinique, de nombreuses espèces ont été introduites depuis la colonisation européenne en 1502. C’est le cas du rat (Rattus rattus), de la mangouste (Herpestes auropunctatus) introduite volontairement depuis 1889, du chat (dès le XVIIe siècle), du porc, des gallinacés, les crapauds boeuf (Rhinella marina introduit dans la première moitié du XIXe siècle), le racoon vraisemblablement issu de la Guadeloupe dans les années 1970 et introduit dans les hauteurs de Sainte-Marie. Ces espèces ont fait des ravages et provoqué des extinctions d'espèces endémiques strictes de la Martinique qui continuent de nos jours. L'actuelle prolifération de chats dans la nature martiniquaise, ou la présence des iguanes verts (Iguana iguana) ou de Gecko gecko, a crée une concurrence avec des espèces endémiques de petits vertébrés qui se trouvent ainsi menacés de disparition.

Gecko et autres reptiles et batraciens

Originaire d’Asie, le Gecko Tockay (Gecko gecko) a été introduit vers 1970 au quartier Galion à Trinité. Il s’est dispersé au centre de la Martinique et il est présent au Robert ou sur la Presqu’île de la Caravelle, avec notamment un foyer repéré au quartier Poterie au Trois Îlets. L’animal occupe la niche écologique de la faune d’origine en augmentant les menaces auxquelles elle fait face, particulièrement pour le Gros Mabouya (Thecadactylus rapicauda). De même, les introductions en Martinique ces dernières années du Gymnophthalmus underwoodi au début des années 1990, de la Rainette des maisons (Scinax ruber), de la Tortue de Floride (Trachemys scripta) vers 1997, du Serpent des blés (Pantherophis guttatus) vers 2005, de la Rainette x-signée (Scinax x-signatus) vers 2007 et encore plus récemment du Typhlops Brame (Indotyphlops braminus), présentent des risques réels pour les reptiles et amphibiens endémiques comme le Chofé Solèy (Gymnophthalmus pleii), le Ti Mabouya (Sphaerodactylus sp.), des Ti Sèpan Tè (Tetracheilostoma sp.)

38% de la faune locale

Une espèce est dite exogène (ou exotique, étrangère, allochtone), lorsqu’elle se trouve en dehors de son aire de répartition naturelle ou de son aire de dispersion potentielle. Ces espèces sont dites introduites lorsqu’elles ont été déplacées hors de leur aire de répartition de façon fortuite ou intentionnelle par l’homme ou par le biais de ses activités. Une espèce exogène devient invasive lorsqu’elle devient un agent de perturbation de l’écosystème où elle s’est établie et nuit à la diversité biologique de son milieu d’accueil. Les invasions biologiques sont maintenant considérées comme l’une des principales causes d’appauvrissement de la biodiversité après la destruction des habitats…

Les îles, au fort taux d’endémisme, sont particulièrement vulnérables à l’introduction d’espèces exogènes. En Martinique, une quarantaine d’espèces a été introduite depuis la colonisation européenne. D’après la DEAL, elles représentent aujourd’hui 38 % de toutes les espèces de mammifères terrestres, reptiles terrestres, amphibiens et oiseaux sédentaires, confondues rencontrées dans l’île.

Marcel BOURGADE
Expert en herpétologie du CD2S (Centre Caribéen du Développement Durable et Solidaire)

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