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Martinique et Guadeloupe : Quelle qualité de l’eau potable ?

Garc on copieMartinique et Guadeloupe : Quelle qualité de l’eau potable ?

Après les polémiques sur les pesticides et l’état des réseaux, quelle est aujourd’hui la qualité de l’eau qui parvient à nos robinets ? Titulaire d’un master en géosciences et spécialiste en monitoring et géochimie des eaux, Jean-Elie Athanase a mené l’enquête pour Fey Magazine.

Dans les deux îles, la ressource est captée en majorité dans les rivières (77% en Guadeloupe et 94% en Martinique). À l’inverse des nappes souterraines, les eaux de rivières ne bénéficient pas du filtrage effectué par les sols lors du ruissellement. Elles peuvent être dégradées par des pollutions liées aux activités domestiques, agricoles ou industrielles ou par des phénomènes naturels. En cas de crues par exemple, l’eau devient turbide et riche en aluminium. Ce métal peut ponctuellement avoir des concentrations relativement importantes dans les eaux de rivières car il est présent naturellement dans le substratum volcanique qu’elles drainent. Des pics de concentration peuvent faire suite à des épisodes pluvieux, car l’aluminium est facilement mobilisé avec les argiles.

Après captage, l’eau brute est traitée pour la rendre sans risque pour la santé, puis acheminée vers les usagers. Des milliers de contrôles sanitaires sont effectués chaque année, et les résultats sont théoriquement disponibles pour chaque réseau en mairie.

Une fois l’an, ils sont communiqués avec la facture d’eau. Ils figurent également sur les sites internet des Agences Régionales de Santé. 

Qualité bactériologique

Les derniers chiffres disponibles montrent qu’en 2015 en Martinique, 0,29 % de la population a été desservie par une eau présentant des dépassements de la norme pour une contamination bactérienne. 

On peut citer le captage sur la rivière Monsieur – entre Fort-de-France et St-Joseph – dont la ressource présente une contamination par les eaux usées. 

En Guadeloupe entre 2005 et 2009, moins de 2% des analyses bactériologiques réalisées chaque année se sont révélées non-conformes.

En 2015 en Martinique, 0.05 % de la population a été desservie par une eau présentant des dépassements de la norme pour les pesticides.

On peut citer les captages des rivières Capot et Monsieur, ainsi que les forages de Grande Savane (Ajoupa-bouillon), morne Balai et Démare (Basse-Pointe) dont les ressources présentent une contamination par la chlordécone. En Guadeloupe entre 2005 et 2009, selon les années, entre 0,8 % et 4,3 % des analyses réalisées montraient un dépassement des normes des pesticides.

Eau verreTHM, aluminium, pesticides…

Les trihalométhanes (THM) sont issus de la réaction de la matière organique avec le chlore ajouté. Leur excès dégrade l’odeur et le goût. Les nitrates, présents naturellement en faible quantité, indiquent, en excès, des apports d’engrais non maîtrisés. L’aluminium naturellement présent dans les eaux, peut aussi être ajouté au cours des traitements pour faciliter la filtration des matières en suspension. D’autres molécules que les pesticides organochlorés sont ponctuellement retrouvées dans l’eau distribuée, généralement à l’état de traces : atrazine, simazine, hexazinone, diuron, gly-phosate, etc.

En Martinique et en Guadeloupe, les ressources en eau sont exposées à diverses sources de pollutions essen-tiellement liées à l’homme dans les milieux urbains à ruraux. Les eaux des milieux en retrait de l’emprise humaine, présentant une moindre contamination, sont traitées pour l’alimentation en eau potable.

Toutefois, compte tenu de l’exigüité de nos territoires, et de la pression humaine sur l’espace, les milieux offrant les conditions pour une ressource en eau de qualité acceptable pour l’exploitation ont été réduis en surface au strict minimum. 

Malgré la contamination à la chlordécone de certaines ressources en Martinique (station de traitement de Vivé, Nord Atlantique) et en Guadeloupe (cinq stations de traite-ment du Sud Basse-Terre : Belle Eau Cadeau à Capesterre-Belle-Eau, Belle Terre à Gourbeyre, Soldat, La Plaine et Gommier à Trois-Rivières), on ne peut simplement pas se passer d’elles tant leurs volumes de production d’eau potable les rendent indispensables. Les captages pollués sont équipés de filtres à charbon actif.

Des normes suffisantes  ?

Les problèmes qui affectent la qualité de l’eau du robinet sur nos territoires sont des dépassements ponctuels ou de relativement faible ampleur des normes sanitaires (bactéries, pesticides, nitrates...), la dégradation des propriétés de l’eau (odeur, goût et teinte), la formation de sous-produits de désinfection et l’excès naturel en aluminium ou la persistance de sa présence quand il est utilisé dans le traitement. Ces problèmes ne justifient que rarement la prise de mesures de restriction d’usage de l’eau. 

Toutefois, on peut se demander ce que représentent vraiment ces dépassements ponctuels. 

Les normes actuelles protègent-elles suffisamment des populations vulnérables telles que les femmes enceintes et leurs embryons, les bébés, et les personnes à la santé fragile ? La présence des molécules toxiques à des doses sans effets nocifs observables, veut-elle dire que tout risque pour la santé est écarté, notamment si l’on tient compte du cumul des substances toxiques à petites doses dans toute notre alimentation industrielle ? De même, on peut s’interroger si les résidus des produits utilisés pour le traitement chimique n’induisent pas d’autres contaminations…

Jean-Élie Athanase

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Rapport publié par l’agence nationale de santé publique Juillet 2017 - L'eau aura votre vessie !

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Date de dernière mise à jour : 24/07/2017

 

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