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Reloger les populations côtières  : une perspective qui s’impose progressivement…

Couloir macoubaReloger les populations côtières  :  une perspective qui s’impose progressivement… 

À l’image des autres territoires insulaires caribéens, la Martinique est concernée par les risques naturels majeurs. Ouragans, éruptions volcaniques, séismes, glissements de terrains, inondations, érosion côtière… font partie de notre vocabulaire quotidien. Il est toutefois un risque dont on parle peu, mais qui devrait surgir dans les années à venir : les variations eustatiques, ou variations du niveau de la mer. 

Ce risque est peu médiatisé car sa progression est lente, peu violente, quasi imperceptible ; c’est ce que l’on appelle un risque à cinétique lente.

En réalité, pour prendre conscience de la réalité de ce risque, il convient de comparer des faits ou des paysages à des époques différentes. Ainsi, à partir des descriptions côtières des premiers colons (marins, chroniqueurs, missionnaires, etc.), il apparaît que les marges côtières qui nous semblent aujourd’hui stables ont subi de profondes modifications morphologiques et paysagères. A titre d’exemple, les Révérands Pères Labat et
Du Tertre, mais aussi Thibault de Chanvallon, Moreau du Temple, Monnier… décrivent les plages martiniquaises du XVIIIe et du XIXe siècles comme ayant une largeur moyenne de + de 200 mètres. Il était possible de se rendre de la paroisse du Carbet à celle de La Trinité en passant par le nord de l’île, en longeant les plages.

Aujourd’hui, les communes côtières qui disposent de plages de 50 mètres de large font office d’exception. Les autres plages sont réduites à de maigres cordons qui, ne permettant plus d’absorber l’énergie des vagues, maigrissent, s’amenuisent, jusqu’à disparaître presque entièrement mettant en péril les constructions, qui pour la plupart furent implantées à l’origine à une centaine de mètres de l’actuelle zone de déferlement.


E rosion plage nordÉpuisement des stocks de sable

L’élévation du niveau de la mer n’est pas la seule responsable de cette situation. Au cours des siècles passés et surtout après la Seconde Guerre mondiale, les martiniquais ont puisé de gros volumes sédimentaires sur les plages. Il fallait lconstruire des routes, effectuer des remblais, bâtir un lycée… Bref, il y avait toujours une bonne raison pour prélever du sable en zone côtière. D’années en années, les stock sédimentaires se sont épuisés.

À cela il convient d’ajouter que le développement du tourisme de masse a entraîné la destruction de la végétation côtière originelle (végétation spammophile), qui stabilisait les marges côtières. Cette destruction s’est faite au profit d’essences alloctones, comme le cocotier, qui, s’il flatte l’imaginaire des touristes, ne stabilise nullement le sable. Son réseau racinaire ne s’y prête pas.


5 000 hectares

Pourquoi dire alors que le changement climatique favorise l’érosion des marges côtières ? En réalité, le changement climatique accentue les dynamiques préalablement décrites.


En prenant pour référence l’hypothèse optimiste du GIEC (élévation du niveau de la mer dans la Caraïbe de +38 cm. en 2090-2100), la Martinique devrait perdre une cinquantaine de kilomètres carrés environ (5 000 hectares) d’ici la fin du XXIe siècle, et de nombreuses communes côtières comme Fort-de-France, les Trois-Ilets, le Vauclin, le François, le Robert, la Trinité, Sainte-Marie, le Diamant, Sainte-Luce, Sainte-Anne, mais aussi le Carbet, Saint-Pierre, le Prêcheur, devraient s’amenuiser progressivement. La Guadeloupe est soumise à la même dynamique ; des travaux scientifiques, actuellement en cours, indiquent que cet archipel perdra un peu plus de 60 km2 à l’horizon 2100.

Cause commune

Le moment n’est-il pas venu de faire de cette thématique une cause commune ? Les schémas d’aménagement prennent-ils en considération ces aspects ?

Des simulations très précises existent désormais à l’échelle communale, n’est-il pas souhaitable de les intégrer aux documents d’urbanisme, de planification ?

En Martinique, en raison de l’étroitesse du territoire, et de la vulnérabilité des espaces, nos marges de manœuvre sont très limitées. Cela devrait nous pousser à considérer cette thématique comme l’une des plus importantes des années à venir, car que faire des populations côtières qu’il faudra immanquablement déplacer d’ici peu de temps ? Où les reloger ? Dans quelles conditions ? Avec quels financements ? Autant de questions pour lesquelles nous n’avons aucune réponse…

Rien n’est encore perdu. Il convient juste de décider que cette thématique est prioritaire et de tout mettre en œuvre pour protéger les populations côtières. Replacer l’homme au cœur du système, n’est-ce pas l’essence même du développement durable ?

Pascal SAFFACHE

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Date de dernière mise à jour : 03/07/2017

 

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