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Retour sur la saga sargasses

Retour sur la saga sargassesSaga sargasse

Partie du néant il y a six ans en termes de compréhension du phénomène de marées brunes et de moyens à mettre en œuvre pour limiter leur portée, la communauté scientifique mobilisée par la question poursuit ses recherches et semble suffisamment renseignée pour aider les autorités à organiser une riposte efficace. 

Si l’on sait déjà d’où viennent les sargasses qui nous envahissent et ce qui influe sur leur prolifération, on peut désormais prédire à quelques mois d’intervalle et avec une fiabilité proche des 80% leur période de « floraison » (les blooms), et donc informer sur leurs échouages éventuels. Grâce à des observations par satellites effectuées entre 2000 et 2016 au-dessus de la mer des Caraïbes et de l’Atlantique centre, combinées à diverses mesures statistiques, des scientifiques de l’université de Floride ont élaboré des matrices de probabilités de blooms. Ainsi, les arrivages de juillet et août derniers en mer des Caraïbes ont pu être anticipés à partir des conditions de blooms observées en Atlantique au mois de février.

Du scientifique au pratique

Ce système de prévision se complète d’un dispositif de surveillance et d’alerte dont s’est doté la DEAL : basé lui aussi sur le repérage des radeaux de sargasses par satellite, cet outil mis au point par le cabinet martiniquais Nova Blue Environnement s’appuie en parallèle sur l’analyse des courants océaniques de surface pour évaluer les risques d’échouages dans une fenêtre de temps assez précise. Des bulletins hebdomadaires informent de la situation et mobilisent les pouvoirs publics en cas de besoin, mais le dispositif se grippe parfois : le passage d’une ondée tropicale en octobre dernier a réduit considérablement les possibilités d’exploitation des images satellites pendant plusieurs jours…

La DEAL, qui a participé à la formation des brigades vertes qui interviennent en mer ou sur le littoral lors des invasions, a par ailleurs mis en ligne un guide pratique de ramassage des sargasses(1). Il liste les techniques les plus adaptées au respect de l’environnement et de la santé qui sont expérimentées depuis 2014 en Guadeloupe ou en Martinique.

A l’échelle régionale, la coopération s’est sensiblement renforcée depuis 2015 - notamment avec la création par le CAR-SPAW(2) d’un forum de discussion entre acteurs de la Caraïbe travaillant sur cette thématique. Malgré tout, les scientifiques ne sont visiblement pas encore au bout de leurs recherches... Bouclée en juillet après un mois en mer, « l’expédition sargasses » initiée par l’Institut Méditerranéen d’Océanologie afin d’identifier les processus générant la prolifération a révélé de nouvelles surprises à prendre en compte : la dynamique qui préside à la formation de radeaux n’est pas la même au large qu’à proximité des côtes et il y aurait non plus deux, mais trois espèces de sargasses différentes ! 

Muriel Derivery

Notes :

1) http://www.guadeloupe.developpement-durable.gouv.fr/guide-pratique-pour-le-ramassage-des-sargasses-a2010.html
2) Centre d’Activités Régional destiné à la mise en œuvre du Protocole relatif aux zones et à la vie sauvage spécialement protégées de la zone Caraïbe

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