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Bilan de la qualité des milieux aquatiques : 2011 à 2016

Bilan de la qualité des milieux aquatiques : 2011 à 2016

Comment va l’eau en Martinique ?
Les réponses sont contenues dans le rapport publié par l’ODE sur la qualité des milieux aquatiques, faisant le bilan de 6 années d’observation (2011- 2016) et portant sur l’ensemble des milieux aquatiques.


Dans les rivières, des pesticides dégradent généralement la qualité des eaux douces sur la partie aval. Des exceptions notables sont à remarquer sur la côte Caraïbe, les Pitons du Carbet, et la Montagne Pelée. Pour les eaux souterraines, la situation est moins généralisée. En effet, les détections supérieures aux seuils se cantonnent aux zones agricoles de la côte atlantique et du sud de la Martinique. La totalité de la zone caraïbe est relativement épargnée. Les eaux littorales sont plutôt de bonne qualité dans le Sud (notamment Caraïbe). Et de qualité plus dégradée vers le Nord. Mais cette conclusion est à relativiser au regard des méthodes qui doivent être encore affinées. 

De manière globale, si ce bilan dresse une vision de la qualité des milieux aquatiques plutôt dégradée c’est aussi parce que les suivis qui sont réalisés servent à mettre en avant les problématiques de pollutions. « On trouve ce que l’on cherche ». Les analyses sur les zones non occupées montrent aussi que la Martinique regorge de milieux aquatiques remarquables, hébergeant une biodiversité d’une grande richesse.

L’observation des milieux aquatiques procède du SDAGE, le Schéma Directeur d’Aménagement et de Gestion des Eaux. L’information en toute transparence du public est une des priorités de ce Schéma. Aussi, le Bilan dressé par l’Office de l’Eau (ODE) est-il rendu public et a vocation à être le plus largement diffusé. Il s’intéresse aux eaux souterraines, aux eaux littorales et aux rivières. Il n’intègre pas la qualité des eaux de baignade et ni de l’eau potable, car ce n’est pas sa mission, mais celle de l’ARS.

Les contrôles et observations des milieux aquatiques portent sur divers paramètres : les éléments physico-chimiques dont les nitrates, les pesticides, les autres micro-polluants organiques (hors pesticides), les micropolluants minéraux ou métaux (cuivre, arsenic, plomb, fer…) et les éléments biologiques. Au total, 250 molécules sont testées, dont les niveaux de concentration permettent d’estimer avec d’autres paramètres, la bonne ou mauvaise qualité des milieux aquatiques en fonction de seuils de qualité. Il est à noter que les seuils de qualité utilisés pour les pesticides dans le bilan sont ceux utilisés pour l’eau potable. Ce choix méthodologique est dû à une absence de seuil mesurant l’impact de chaque molécule sur l’environnement (Norme de Qualité Environnementale) pour de nombreux pesticides. Utiliser les normes eau potable permet une « lecture » des concentrations par une même grille d’analyse, mais ne signifie pas que les eaux de rivières sont potables ou non.

Les eaux souterraines atteintes par les pesticides

Ce sont les pesticides qui sont principalement responsables de la dégradation des eaux souterraines de la Martinique, en particulier dans les zones agricoles du nord Atlantique et du sud. C’est en effet sur le versant Atlantique que l’on retrouve les 9 stations (sur 21) présentant le taux le plus élevé de pesticides. En cause, les pesticides historiques interdits, tels le chlordécone, le HCH béta et la dieldrine, mais aussi des produits plus récents. Cette contamination est aussi liée à la nature même des eaux souterraines. En effet, la dégradation de la pollution dans les rivières est liée à l’activité biologique (autoépuration grâce aux êtres vivants capables de « digérer » les pollutions, et à l’effet d’écoulement). Alors que les eaux souterraines sont inertes et « sans vie » ce qui accroit la durée de contamination.

MAIS les eaux souterraines n'ont pas de problème de nitrates

Les nitrates sont naturellement présents dans les milieux aquatiques. Ils servent de nutriments aux plantes. L’activité humaine peut générer des concentrations excessives responsables des pollutions.

Depuis 2012, on n’enregistre aucun dépassement des normes de qualité environnementale (50 mg/l) dans les eaux souterraines martiniquaises. Cependant, ils sont légèrement en plus forte concentration (stable sur la période) dans les eaux du nord et de l’extrême sud de l’île.

Les micropolluants minéraux ou métaux : Présence naturelle ! 

Fer, cuivre, manganèse, ces métaux sont naturellement présents dans les eaux souterraines, parce qu’ils se dissolvent lors du contact de l’eau et de la roche. La géologie volcanique de l’ile est à l’origine des détections (fonds géochimiques).

Des 15 produits recherchés, aucun ne présente des niveaux supérieurs au seuil de qualité environnementale.

Les rivières de Martinique sont de bonne qualité... jusqu'à leur rencontre avec l'homme

Eau potable, irrigation, dilution et épuration des rejets d’assainissement… l’eau des rivières sert à tous ces usages. Aussi, le contrôle de sa qualité est-il fondamental pour la bonne santé des Martiniquais. L'Office De l'Eau contrôle la qualité chimique et biologique des cours d'eau sur 28 à 30 stations de mesure réparties sur toute la Martinique. Près de 250 paramètres sont ainsi analysés chaque mois dans les rivières. 

Selon la Directive Cadre Européenne sur l’Eau qui fixe la liste commune des molécules à surveiller (45 substances), 80 % des rivières de Martinique sont en bon état chimique.

Les contrôles effectués sur la période 2011–2016 par l’ODE se sont basés sur une liste plus fine (plus de 200 molécules) afin d’assurer une analyse plus adaptée aux réalités locales. Ce suivi fait apparaître une conclusion plus contrastée : une qualité globalement médiocre de nos rivières sur la partie aval (près de 60 pesticides différents sont détectés). Au contraire, les têtes de bassin (les parties non occupées par l’homme) montrent des rivières de bonne qualité.

65 tonnes de pesticides vendus en moyenne chaque année


Si les rivières martiniquaises ne présentent pas de problématiques nitrates, elles sont polluées par certains  pesticides historiques (chlordécone) mais aussi actuels (glyphosate).
Seuls les cours d’eau des Pitons du Carbet, de la Montagne Pelée, et d’une partie de la Côte Caraïbe sont épargnés par cette contamination. Les rivières les plus contaminées se situent dans les territoires agricoles du sud et du centre de la Martinique ainsi que sur la côte nord Atlantique.

65 tonnes environ de pesticides sont utilisées en Martinique chaque année. Trois groupes de produits phytopharmaceutiques (sur une soixantaine de substances actives) sont responsables de plus de 85 % des dépassements enregistrés du seuil de potabilité. Au premier rang des fautifs, on retrouve sans surprise, les insecticides «historiques», tels le chlordécone et le HCH (famille du lindane), utilisés avant 2000. 

Le glyphosate est le premier pesticide vendu dans le monde et en Martinique.

Avec son produit de dégradation l’AMPA, le glyphosate utilisé en routine en agriculture mais aussi chez les particuliers, est le plus détecté dans les rivières martiniquaises (fréquence). 

Les fongicides utilisés dans le traitement post-récolte des bananes sont aussi très présents. Mais une diminution entre 2015 et 2016 est amorcée, grâce aux efforts des producteurs. Ce signal est positif car il montre que certaines pollutions sont réversibles avec un plan d’actions adéquat.

S’agissant des micropolluants métaux et minéraux, ils sont généralement en quantités inférieures aux seuils admis, sauf pour le cuivre. Les fonds géochimiques de l’ile liés à la géologie volcanique sont à priori à l’origine de ces présences naturelles dans les eaux. Des recherches sont en cours pour confirmer cette hypothèse et pouvoir distinguer d’éventuelles origines anthropiques.

Pour les autres micropolluants organiques (hors pesticides), les seuils de présence du benzopyrène produit par combustion (gaz d’échappement, goudrons, fumée) sont dépassés sur les zones occupées.

La qualité biologique très variable au cours de la période d’observation (2011-2016) est globalement bonne au nord et mauvaise au sud et dans le centre. Deux exceptions, cependant : Oman au sud est de bonne qualité biologique, et la Roxelane au nord est dans un état moyen. Cependant, les méthodes de suivi de la biologie doivent encore être affinées.

Les eaux littorales

Le contrôle des eaux littorales de la Martinique porte sur l’observation et le suivi de différents éléments : eau, sédiments, biologie (herbiers, récifs coralliens, phytoplancton.
La qualité des eaux littorales est mesurée sur une trentaine de sites (stations de mesures) répartis sur l’ensemble du littoral. Leur suivi physico-chimique est complété par des mesures des polluants chimiques sur les huîtres de palétuviers (quand c’est possible) ou grâce aux échantillonneurs passifs ; le suivi biologique du phytoplancton, des herbiers, et des récifs coralliens sont aussi des indicateurs importants de l’état des eaux marines.

Pour ce dernier point, ce sont des plongeurs, qui une fois par an, évaluent l’état de santé du récif. 

Sur la période 2011-2016, sur les 15 stations littorales  suivies : du point de vue écologique, 2 stations sont en très bon état, 6 en bon état, 5 en état moyen et 2 en état médiocre. Des études sont en cours pour ajuster ces indicateurs de qualité et les grilles d’évaluation. 

Globalement, l’évaluation de la qualité des eaux littorales est parcellaire. Les méthodes permettant cette évaluation sont moins standardisées et formatées que pour le suivi des rivières et des eaux souterraines et certaines sont en cours d’élaboration. Ainsi, un indice normalisé de qualité des herbiers spécifique à la Martinique et à la Guadeloupe est-il en cours de création. Les techniques de suivi chimique des littoraux sont également en cours d’élaboration grâce à des techniques performantes comme les échantillonneurs passifs.

Néanmoins, et en l’état des connaissances et des contrôles actuels, il apparaît que les eaux littorales martiniquaises présentent un état écologique relativement dégradé sans qu’il soit possible d’évaluer précisément leur état chimique selon les recommandations de la Directive Cadre sur l’Eau.

Pour plus d’informations : http://www.eaumartinique.fr

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Date de dernière mise à jour : 17/06/2018

 

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