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Sargasses : une catastrophe pas assez naturelle

Sargasses : une catastrophe pas assez naturelle

On peut désormais anticiper les échouages et connaître, en temps réel, la présence de sulfure d’hydrogène dans une vingtaine de lieux en Martinique.
Pour le reste, depuis 2011, les sargasses continuent de s’intensifier, d’empoisonner la
vie de milliers d’habitants du littoral et de coûter cher

Malgré les pétitions et les demandes d’élus antillais, les sargasses ne sont pas (encore ?) considérées par les assurances comme une catastrophe naturelle. Pourtant, les dommages sont réels. Les algues représentent un problème de santé publique. Elles provoquent des troubles respiratoires et cardiaques, elles nuisent à la faune marine (tortues, poissons…), elles génèrent des coûts d’enlèvement et de stockage et elles dégradent le matériel électronique, électro-ménager et l’habitat. 

Sulfure d’hydrogène et amoniac

Le sulfure d’hydrogène, que les algues dégagent quand elles se décomposent, est corrosif et potentiellement mortel. Les seuils d’alerte rouge ont été dépassés plusieurs fois, atteignant 5,67ppm au Robert (Frégate Est) le 27 avril. À la même période, toutes les écoles de la commune fermaient leurs portes pour 5 jours. À ce stade, aucune évacuation n’est prévue mais l’Agence régionale de santé recommande aux habitants « d’envisager un déplacement ». De plus, les algues dégagent un autre gaz toxique : l’amoniac. Le taux est mesuré, mais à l’inverse du sulfure d’hydrogène, les données ne sont pas rendues publiques…

Ces échouages massifs sur les plages sont une plaie pour les communes du Robert, du François, du Diamant, de Sainte-Luce… Un plan gouvernemental baptisé PULSAR (plan d’urgence locale sargasses) a été annoncé début mai. Les ministères de l’écologie, de la santé, de l’enseignement supérieur et de l’Outre-mer ouvrent un fond de 3 millions d’euros pour l’achat de machines de ramassage et du matériel de protection individuel. Ils promettent également des moyens humains (sécurité civile, régiment militaire adapté (RSMA) et personnes volontaires condamnées à des peines de travail d’intérêt général). De même, les recherches sur les algues, sont maintenues. 

Arsenic et cadmium

Les espoirs de valorisation de cette biomasse ont été entravés par la découverte de métaux lourds. Un rapport de l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire), paru en mars 2017, note que « des teneurs élevées en arsenic et cadmium ont été observées (analyses du CEVA non publiées) ». Ces substances dangereuses, dues en grande partie aux pesticides de l’agriculture intensive qui ont ruisselé jusqu’aux océans, rendent ces algues impropres à toute utilisation alimentaire, pour les humains comme pour le bétail. De même, elles compliquent la transformation en engrais agricole. 

Pire : « l’épandage, le stockage et le traitement des algues pourraient conduire à une contamination environnementale. La question de l’accumulation de ces métaux lourds dans les sédiments et donc de leur impact environnemental sur les sites où les sargasses se décomposent doit également être investiguée » préconise le rapport.

L’État lance finalement un appel aux scientifiques et aux entrepreneurs. L’ADEME (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) relance un appel à projets pour le ramassage et la valorisation des algues. Il est assorti d’une enveloppe d’un million d’euros. Les bonnes idées sont les bienvenues !

Laure Martin Hernandez

Lire aussi. : .Sargasses : les quartiers les plus touchés

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Date de dernière mise à jour : 12/06/2018

 

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